« Les règles du Go sont si élégantes, organiques et rigoureusement logiques que s’il existe quelque part dans l’univers une forme de vie intelligente, elle doit certainement y jouer. » Emanuel Lasker, champion du monde d’Échecs.

J’ai fait le compte de tous les bouquins et de toutes les BD dont j’ai lu vingt-cinq fois la première page avant de tomber de sommeil, de tous les films dont j’ai jamais vu que les trois premières minutes, éreinté par un boulot chronophage et aliénant. De toutes les choses que j’ai manqué de faire ces huit dernières années, à force de bosser, à force de remettre à demain, à force de vivre aussi, car ça prend du temps, mine de rien, de vivre.
Le bilan est lourd.

La bonne nouvelle, c’est que j’ai décidé de m’accorder une séance de rattrapage.
Au chemin qui me menait à Paris − comme si Paris était l’aboutissement de toute chose (une sorte d’anus technocratique) − j’ai préféré ma propre route, celle qui mène à l’endroit de mon oisiveté : Bordeaux, et nulle part ailleurs.
Vu que je suis pas du genre à lâcher prise facilement et que j’ai maille à partir avec les mauvaises habitudes, j’ai défriché le terrain de ma réconciliation avec moi-même :
-Pas de deadline, plein le cul des actions et objectifs à date.
-Pas de programme, j’irai la truffe au vent, opportunités et bons plans à l’envi…
-Pas de sinistrose (fuck la crise), j’irai à l’école du Jardin, au vrai sens de l’épicurisme, celui du plaisir pur d’exister. Je ferai allégeance aux prescripteurs de bien-être (Henry Miller, Shigeru Miyamoto, Mère Nature, Dick Rivers… Et ma boulette, œuf course).

Riton, prépare la boîte à idées, synchronise ta Dropbox, ça va chier.

En attendant, et parce que je suis une fois de plus hors-sujet (who cares ?), quelques mots d’une série que j’ai bel et bien lue jusqu’au bout : Hikaru no Go.

Hikaru no Go #7On trouve une flopée de sites sur les mangas mais rares sont ceux qui dénotent et donnent envie de voir plus loin que la page d’accueil. Mangaverse est de ceux-là. Les chroniques se lisent comme du petit lait, même lorsqu’elles concernent des titres foireux. Je ne souscris pas toujours aux avis de Morgan (la webmistress de ce site perso) mais je kiffe son style un peu foutraque et ses critiques ne manquent jamais de sel.
Ça faisait un bail que j’y avais pas flâné et j’ai découvert récemment qu’elle avait associé un blog à son site, ce qui, au-delà d’impliquer astucieusement son lectorat entre deux mises à jour du site, lui autorise aussi quelques digressions plus personnelles et autres excursions en marge de son domaine de prédilection.
Une passion qui ne se délite pas et des idées neuves, après dix ans d’existence sur la Toile, ça force le respect.
J’ai aussi retrouvé, contre toute attente, un avis que j’avais laissé à propos de HNG, dans la section Mangathèque du site… en décembre 2003 ! Comme on est jamais mieux convaincu que par soi-même, j’ai aussitôt ressorti quelques titres de HNG, les ai feuilletés, et me suis dit qu’il fallait que je gratte un truc sur cette perle. Ma sensibilité écologique m’a alors commandé de recycler l’avis que j’avais posté sur Mangaverse, à moins que ce ne soit la tentation instinctive du moindre effort, c’est pas clair… Toujours est-il que j’ai décidé de reprendre ce texte, à quelques remaniements près, histoire de me donner bonne conscience. Avis qui avait été, à l’origine, motivé par la critique de Morgan elle-même :

« J’ai relevé un jeu de mots probablement involontaire à la fin de cette chronique et je tenais à vous en faire part. Cela concerne les ‘points faibles’, en l’occurence LE (puisque c’est le seul) point retenu à charge, je cite : ‘ils se la jouent parfois un peu trop sérieux, comme si le Go était une question de vie ou de mort…’
Là où c’est amusant, c’est que le jeu de Go est précisément une question de vie ou de mort. Je m’explique : sur un goban (plateau de jeu) on trouve des pierres noires et des pierres blanches ; lorsqu’on évoque la situation de ces pierres, il s’agit toujours de distinguer les pierres qui sont ‘vivantes’ (ou peuvent le rester) de celles qui sont ‘mortes’ (ou le seront inévitablement), ce sont les termes officiels. Il existe des problèmes appelés ‘Tsumego’ qui consistent à déterminer ‘la vie ou la mort’ d’un groupe de pierres (c’est un problème de ce genre que Hikaru résout dans le tome 2, p183). Le but du jeu de Go est d’essayer de ‘vivre’ en occupant le territoire le plus vaste possible, et il est courant de dire que le Go se résume à une question de vie ou de mort, d’où mon amusement (sans moquerie aucune) lorsque j’ai lu cet article au demeurant fort intéressant.

Mais, à tant faire, et vu que c’est aussi l’objectif premier de cette tribune, je vais vous dire (rapidement) ce que je pense de Hikaru no go.
C’est grâce au Go que j’ai découvert Hikaru, grâce à Hikaru que j’ai découvert les mangas (qui n’avaient jamais avant ce jour piqué ma curiosité), grâce aux mangas que je me rends compte à quel point Hikaru est un bon manga !
Tout d’abord le dessin : c’est naturellement la première chose qui me marque lorsque j’ouvre un manga, et j’y suis très sensible (peut-être même trop : certains mangas plébiscités par nombre d’otakus m’ont rebuté dès la première page tellement le dessin était crade). Le style de Takeshi Obata m’a plu immédiatement : les lignes sont claires et bien définies, assez rondes il est vrai, mais cela confère au manga une certaine souplesse pour ne pas dire une certaine décontraction qui colle bien à l’esprit du jeu, l’encrage est excellent, la mise en page est dynamique et contrastée, les contours, les ombres, et jusqu’aux arrière-plans détaillés, l’ensemble donne une belle homogénéité, on est loin, très loin de certaines séries dont on se demande encore si l’auteur n’a pas délibérément zappé ou baclé certains dessins, pressé par le scénario ou les délais à tenir…
Ensuite l’histoire, et fort heureusement, on a une histoire qui tient la route.
Si on peut rapporter le genre de HNG à celui d’un banal shônen sur un canevas nekketsu, le sujet traité, pour sa part, n’a pas d’égal dans le paysage traditionnel du manga. En effet, qui aurait misé sur le succès d’une histoire mettant en scène des types qui passent le plus clair de leur temps à poser des pierres sur un plateau de bois, le cul vissé sur un coussin ? C’est ici que réside en partie la force de ce manga, et la force de Yumi Hotta (la scénariste) à qui il faut reconnaître un talent rare, celui de rendre une histoire vivante, voire captivante, sans recourir aux artifices du genre, à savoir explosions, boules de feu, sentiments bon marché et filles à poil…

Le côté réaliste de l’affaire y est sans doute pour beaucoup : les clubs de Go sont monnaie courante au Japon, il est facile pour un jeune Japonais de s’identifier à Hikaru, c’est un gamin ordinaire qui n’a aucun super pouvoir… Cela ne le rend pas moins attachant, au contraire. »

J’ajoute qu’un de mes persos préférés, c’est Fuku (Yuta Fukui). C’est un perso secondaire, pour ne pas dire tertiaire, pas franchement charismatique, pour ne pas dire transparent, mais il me plaît : c’est un p’tit gros avec une bonne cartouche et des yeux bridés dessinés comme tels (ce qui le rend crédible ; je regrette un peu l’héritage de Tezuka pour ce qui est du dessin des yeux dans les mangas, le fait que les ‘grands yeux’ soient considérés comme étant plus kawaii et expressifs me semble être un argument spécieux… je développerai un autre jour) ; il est toujours de bonne humeur, joue avec passion et légèreté à la fois. Bref j’aime bien ce p’tit gros.
Côté fille je vote Nasé (Akari est trop cruche). De toute façon personne ne pécho personne dans ce manga, ce qui est raccord avec le contexte de l’histoire. Les joueurs de haut niveau sont enfermés dans leur microcosme et laissent peu de place aux rapports humains, c’est une population en mal de socialisation, ce qui m’amène à penser que le nombre d’éjaculateurs précoces y est plus important (vous ne l’attendiez pas celle-là, hein ? Bah moi non plus, mais je ne trouvais pas de chute…).

Deux autres observations :
La transformation physique des persos au fil du script (Hikaru n’a que onze ans au début de l’histoire) est parfaitement rendue par Obata : le dessin est d’abord rond, le point de vue relativement bas, mais tome après tome le dessin devient plus mature, plus anguleux, et les plans prennent de la hauteur, sans même qu’on s’en rende compte…
L’autre point intéressant, c’est le fait qu’on ne sache rien du père de Hikaru, qu’on ignore jusqu’à son existence, ce qui permet d’installer une relation particulière avec son fantôme intérieur et maître à jouer, Saï, une relation non consentie (du moins au départ) qui les condamne à un effort d’assertivité, et à ce petit jeu, il est difficile de ne pas voir dans l’ombre de Saï la figure du père.

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Hier mon pote la brique (c’est son surnom) m’a collé des roustes à NBA Jam.
Au-delà de cet affront qui seul n’aurait pas valu que j’y consacre un billet, sinon à soigner le mal par le mal, j’ai enfin compris ce qui clochait avec Steve Nash, un des mes joueurs fétiches : il ressemble à David Pujadas !
Sans déconner, visez l’arrêt sur images ci-dessus, c’est confondant.
Et l’expression de Paul Gasol ne trompe personne, il est en train de se dire : « Puta madre, mais qu’est-ce qu’il fout là Pujadas !? »

Normal que je perde mes moyens.

PS : Gasol (2,13m) en pressing tout terrain sur Nash, pas de doute, nous sommes bien dans NBA Jam  😀

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Je réalise que j’ai un problème avec les parenthèses. J’en fous partout.

Définition du Trésor de la Langue Française : « Procédé stylistique consistant à insérer dans le corps de la phrase principale un élément grammatical autonome (mot, proposition, phrase…) qui en précise le sens ou introduit une digression. »

Ai-je à ce point du mal à exprimer ce que je pense qu’il me faille recourir à ce procédé comme d’autres se serviraient d’une béquille ?
Est-ce la peur d’être incompris ou bien l’envie d’en dire davantage ? Au risque d’en dire trop…

Je préfère fermer la parenthèse (j’ai assez de problèmes comme ça).

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Je savais que, question shopping, ma boulette allait kiffer Tokyo.
Normal, elle est taillée comme une crevette et Tokyo c’est un peu la Jérusalem céleste des p’tits culs qui chaussent du 36.
Une adresse : le 109, à Shibuya (le lien renvoie vers une image que j’ai chipée au site TokyoFashion.com car j’ai pas été foutu de prendre une photo moi-même, à se demander ce que je branlais…). Le 109, c’est au bas mot dix étages de boutiques pour filles only ! Écœurant. Obligé de dépressuriser entre chaque étage.
Outre le fait que tous les vêtements semblent être taillés ras la motte et que la moitié des fringues sont juste immettables chez nous (car trop extrêmes), un truc nous a spécialement interpellé : les lunettes.

Sur les présentoirs, une grande partie des modèles étaient proposés sans les verres. C’étaient seulement des montures. Chelou cette affaire. Sur le moment on s’est dit que les vrais modèles étaient en réserve et que les montures servaient aux essayages… Et puis une Shibuyette s’est pointée (comprenez : une fille à la mode locale). Je me suis fait la remarque qu’elle avait de jolis yeux (et que la boulette n’allait pas tarder à me coller un jab du gauche si je continuais de la mater), aussi j’avais remarqué que les verres de ses lunettes étaient vachement propres, ou alors c’était le traitement antireflets qui déchirait, enfin il y avait forcément un truc, un truc physique je veux dire, personne n’aurait l’idée de porter des lunettes sans verres, n’est-ce pas ?
Après un discret tour d’horizon il a pourtant bien fallu se rendre à l’évidence : la plupart des nanas portaient des lunettes sans verres. Nous aurions apprécié une petite explication de texte mais, vu que les Japs ne pipent globalement pas un mot d’anglais, nous nous sommes fait une raison.
Après tout, les Japonais vivent un peu dans leur bulle. C’est un pays insulaire, stigmatisé par l’histoire (deux bombes H sur la gueule ça laisse des traces) et les catastrophes naturelles (Fukushima a eu un effet désastreux sur le tourisme, au-delà de toute logique de principe de précaution). Ajoutez à ça la barrière de la langue (imbitable), celle de la culture (pour le moins éloignée des standards occidentaux), bref, rien d’étonnant à ce qu’ils aient des modes vestimentaires bien à eux et que ces dernières aient du mal (ou n’aient pas vocation) à s’exporter.

De retour à Bordeaux, je suis tombé sur un excellent article (d’un site non moins excellent) qui apporte des éléments de réponse tout à fait intéressants sur la question des « fausses » lunettes japonaises (question qui avait forcément pour moi quelque chose d’anxiogène − il m’en faut peu, notez − sans quoi je l’aurais laissée au 109, à sa propre inanité).
L’auteur met tout de suite les choses au clair : « Just to make sure you understand what’s going on here, let me repeat : These glasses do not have fake lenses, they have no lenses ». Et d’expliquer ensuite l’origine et les raisons de cette mode.
Un des aspects pratiques évoqués, mais très anecdotique en regard des idées de fond développées dans l’article (dont je vous conseille au passage la lecture, pour peu que vous vous intéressiez aux subcultures de la mode. Perso je pensais pas être client, et pourtant…), profite aux photographes, en ceci que les loutches sans verres ne produisent pas de reflets. Observez la boulette dans la Yamanote Line (photo ci-contre). Si vous faites abstraction du fait qu’elle a l’air d’un hobbit (c’est la focale qui déforme, elle est pas comme ça dans la vraie vie), vous concéderez que les reflets peuvent être un problème. Les spécimens sans verres ont dans ce domaine un net avantage, comme vous pourrez en juger avec cette jeune fille shootée dans le quartier d’Harajuku.
L’auteur de l’article, W. David Marx, explique aussi que les occidentaux ont un rapport à la mode qui ne leur permet pas de décorréler l’objet de sa fonction. Pour les fashionistas de nos contrées, les lunettes servent avant tout à corriger la vue ; elles composent avec la forme et la couleur des montures, en revanche il leur semblerait inconvenant voire absurde d’y soustraire les verres. Au lieu de quoi elles préfèrent porter des verres factices.
De même qu’elles ne voudraient pas qu’on croie qu’elles essaient d’être à la mode ; elles s’habillent (sous-entendu elles ne se déguisent pas).
Et cette hypocrisie ne surprend personne.
La jeunesse branchée tokyoïte n’a cure de ces considérations formalistes, elle intègre très bien la valeur purement esthétique des choses et n’hésite jamais à forcer sur l’accessoirisation, quitte à détourner les objets de leur fonction première… Et si vous voulez mon avis − ou pas d’ailleurs, je vous emmerde − cela lui va bien.

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« Ma mère est très poilue. Je me souviens qu’elle devait s’épiler tous les deux jours. Alors, je récupérais les poils et j’en faisais des extensions afro pour Barbie… » Charlie Le Mindu

Bon, il faut que je dise un mot de Charlie. Charlie Le Mindu.

Charlie - Photo: (c) Sud-OuestJ’ai rencontré Charlie il y a environ six ou sept ans, il devait avoir seize, dix-sept ans, pas plus.
À l’époque je sortais avec un fille qui créchait du côté de la gare, rue Charles Domercq. C’était un appart bordelais style XVIIIe défraîchi, cheminée (condamnée, œuf course), moulures au plafond et parquet en chêne. Spacieux mais chérot. Aussi était-elle en coloc avec sa sœur et un jeune gay au style improbable débarqué de son Bergerac natal : Charlie.

Ce p’tit gars m’avait tout de suite plu (entendons-nous) de par sa spontanéité, son énergie, sa créativité, on aurait dit qu’il ne s’interdisait rien (ce qui pouvait être un sujet de préoccupation et d’inquiétude, notamment lorsqu’il sortait la nuit et ramenait à l’appart des partenaires sexuels douteux…). Chacune des tenues qu’il arborait constituait un attentat à la pudeur et une rupture, que dis-je, une hérésie, vis-à-vis des tendances mode « bien dans leur temps ». Perso ça me faisait marrer (la mode c’est pas vraiment ma tasse de thé), et j’aimais cet esprit libertaire, vagabond, exalté, loin des pauvres contingences de la vie ordinaire.
Je me disais qu’un jour Charlie devrait faire face à des réalités plus prosaïques et que ça lui coûterait, qu’il devrait au mieux renoncer à une partie de lui-même, au pire y laisser son âme.
Comme je me trompais ! À croire que j’avais projeté sur lui mes propres insuffisances, tout ce qui chez moi demeure à l’état de velléité, d’inspiration molle, mon manque de couilles, autrement dit.

Vint le jour où EDF coupa le chauffage et sonna du même coup le glas de la colocation.
Les filles prendraient chacune leur appart, c’était convenu, et Charlie prendrait le train destination Berlin, sans une thune, avec sur un bout de papier l’adresse approximative de ce qui ressemblait à un squat pour artistes marginaux… On avait pas fini de se faire de la bile.

Les années ont passé, je n’ai plus eu de nouvelles.
Lorsqu’il m’arrivait de me remémorer cette époque, il était pas rare que je me demande en moi-même : « Et Charlie, où peut-il bien être aujourd’hui ? Pourvu qu’il ne lui soit rien arrivé de mal… »
Jusqu’à ce qu’un jour le père Benito m’envoie un texto : « Tu te souviens le coloc de Yahel ? Allume ta TV et mets Canal, tu vas halluciner, je crois que c’est lui, c’est Charlie putain, il coiffe Lady Gaga ! »
Il avait grossi, il avait l’air un peu plus barré (ou était-ce un rôle) mais c’était bien lui, c’était Charlie, présenté comme un avant-gardiste de la haute coiffure ! Il avait un salon à Londres, organisait des défilés, coiffait Lady Gaga… C’était surréaliste !

J’ai découvert son site web http://www.charlielemindu.com/ (qui vaut le détour ne serait-ce que pour la vidéo d’introduction), et ses productions, qui en disent long sur l’inventivité du gamin.

Je ne sais pas ce que ça fait d’avoir été à l’école avec un futur prix Nobel, un astronaute ou qui sais-je encore, en revanche je crois que de toutes les personnes qu’il m’ait été donné de connaître dans ma vie, Charlie est celle qui a eu la trajectoire la plus invraisemblable, la plus explosive, la plus colorée.

Chapeau l’artiste ! Je suis encore sur le cul.

À lire, cet article de Sud-Ouest (auquel j’ai emprunté la photo et la citation en en-tête de ce billet) qui résume le parcours atypique de Charlie.

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« Un gentleman ne peut s’intéresser qu’à des causes perdues… » Jorge Luis Borges

Je n’avais pas la tête aux cartes.
De toute façon, j’avais décidé que cette partie serait une escroquerie.
C’était pas une intuition, encore moins un truc prémonitoire, c’est juste que je l’avais décidé.
Shakespeare disait (dans une prose un peu plus châtiée) qu’il vaut mieux crever incompris que de passer sa vie à s’expliquer. Je suis en phase avec ça. Et puis c’était la veille de mon annif, je me sentais tout ce qu’il y a de plus légitime de décider du temps qu’il ferait, de ressusciter Elvis, ou de manger un gros gâteau à la crème ; qui trouverait à y redire ?

Il est arrivé dans l’ombre de ce coquin de Jean-Neudes.
Il ? L’invité mystère, notre percepteur, avec son faux air de Richard Gere, poivre et sel, chemise bleu marine boutonnée jusqu’au col façon pisse-froid, j’imagine déjà le poing qui part, le nez qui mouche rouge, les tâches de pinard sur le parquet, les mains qui s’interposent… mais en fait non. Délit de chemise. J’ouvre un Médoc, on se met à causer, il s’épanche comme s’il tirait sur sa dernière clope − sans calculer.
Où est l’embrouille ?
En même temps je me dis qu’un escroc digne de ce nom a forcément la gueule d’un honnête homme.

Je regarde autour de moi.
Riton est dans son élément : l’agitation, le bouillonnement, l’incandescence. Son padre passe prendre l’apéro. Je suis content de lui serrer la pogne.
Karine manque à l’appel, elle planche sur un mémoire. Claire aussi est assignée à résidence, en mode bouillotte et couveuse. Les absents ont tous des excuses en béton armé, c’est évident, on ne badine pas avec les LSOP.
Non contente de nous recevoir, mademoiselle Riton, Céline de son prénom, a préparé quantité de gourmandises salées et sucrées (mille mercis).
Des amis de Céline et Riton sont là, j’en remets certains mais pas tous (normal, j’ai pas Facebook), ils vont partir mais reviendront plus tard dans la nuit, bonne nouvelle pour les losers précoces amateurs de Tumblin-Dice.
Question déguisement Benito nous met tous à l’amende, comme d’hab’. Quoique Juju se défende bien avec son T-shirt Bomberman !
Je me sens d’humeur taquine.

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WMV env. 54Mo
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« Je me suis forcé à me contredire pour éviter de me conformer à mon propre goût. » Marcel Duchamp

Le Martien sévère par Cizo

Cizo est, à sa manière, un artiste contrarié, comme on dirait d’un mec que c’est un gaucher contrarié.
Je veux dire par là que Cizo s’est lancé (tardivement) dans la bande dessinée avec un handicap assez inattendu : il ne sait pas dessiner (enfin, c’est lui qui le dit). C’est donc par contrainte qu’il a cherché des modes d’expression alternatifs. Ce qui le rend de suite intéressant, sinon sympathique.
Je trouve ça admirable car d’autres à sa place auraient lâchement simplement renoncé. Il paraît que le dessin ça ne s’apprend pas.
Quoi qu’il en soit il est devenu une sorte d’expert en découpage (d’où son pseudo, tiré de « ciseaux », car il a passé beaucoup de temps à photocopier des docs et à les découper) et s’est découvert un vrai talent pour raconter des histoires à partir de pictogrammes et de schémas (publicitaires, industriels, pédagogiques…). On pourrait voir dans ce détournement sémantique d’objets usuels quelque chose qui empreinte au dadaïsme. En tout cas Cizo ne manque pas d’humour ; chacun sa came mais perso je suis client (cf. la planche ci-dessus, réalisée à partir d’un guide Kodak, insolite s’il en est).
Dans un entretien donné au site http://www.du9.org en juin 98, Cizo explique : « Je traduis ma pensée en pictogrammes, alors qu’avant c’était l’inverse, je traduisais les pictogrammes en pensée. Mais, ce n’est pas évident. » Ça paraît rien mais ça fait une putain de différence. La plupart des mecs qui font du montage vidéo, par exemple (et je parle là des gros beaufs dans mon genre qui filment avec un boîtier numérique et assemblent péniblement les séquences sur un PC sous-dimensionné) s’échinent généralement à caler l’image sur le son. Ce faisant ils accordent plus d’importance au son qu’à l’image. C’est une option. Encore faut-il que le son matche avec l’esprit de la vidéo (ou pas d’ailleurs, selon l’effet recherché). Parfois la force évocatrice d’une musique commandera certaines idées de prise de vues (« tiens, chanmé ce morceau, je vois trop le plan qui va avec… »), à l’inverse, la charge émotionnelle de certains plans vidéo donnera instinctivement à l’auteur des orientations sur le choix de la piste son. Mais, au bout du compte, le montage des séquences se fera bien souvent dans le maillage rythmique de la musique.
Alors, vous allez me dire : pas donné à tout le monde de se payer les services d’un compositeur. Pas donné à tout le monde non plus de créer sa propre zic (big up aux réals qui touchent leur bille à tous les niveaux de la prod et qui démoulent des trucs 100% personnels, à chaud je pense à des types comme Mike Figgis ou David Lynch…). Certes, mais pourquoi cette manie, cette tentation conformiste, que nous avons de vouloir faire en sorte que les trucs soient calés, bien propres. La bande son doit être au service du montage, pas l’inverse (sauf dans le cas d’un clip musical, évidemment). De fait nous devrions monter les images sans nous préoccuper du son, dans le souci exclusif de la narration visuelle. Scorsese disait que c’est lorsque le son est coupé que l’on sait si un montage est réussi (Gillard, mon prof d’arts plastiques au lycée, disait que c’est en regardant un dessin à l’envers que l’on sait s’il est harmonieux, mais lui je pense qu’il était pas tout seul dans sa tête), curieusement ça me rappelle un passage de The King of Comedy où le perso joué par Jerry Lewis (Jerry Langford) rentre chez lui et bloque devant un film (son off), ce plan semble anodin, sans rapport avec l’intrigue, et pourtant il en dit long sur la façon dont Scorsese conçoit la narration…

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Bon, je m’éloigne. Passé une certaine heure, j’ai tendance à faire du hors piste.
Cela dit je trouve intéressant le fait que Cizo ait d’abord appris à faire dire des choses aux images, qu’il se soit approprié des codes narratifs originaux, avant de chercher à trouver les images qui correspondraient à ce qu’il avait lui-même envie de raconter.

En filigrane, c’est un faux message d’espoir pour toutes les bites parfaitement incompétentes et dépourvues de talent.
Je vous laisse, faut que j’aille me brosser les dents.

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Le 35e championnat du monde d’Othello s’est ouvert hier soir à New York. Les parties les plus crunchy sont retransmises en léger différé sur le site Live Othello Games (merci Manu pour cet excellent service !) ; une webcam permet de se faire une idée du décor et de l’ambiance forcément barbante studieuse qui règne dans la salle du Hilton où se dispute le tournoi. Si seulement des filles en mode bikini, gloss et Chupa Chups (dans la famille Hilton je demande la pute), annonçaient les rounds comme lors des matchs de boxe, et que Johnatan Becker troquait ses discours de ministrable contre des prêches enflammés et des effets d’annonce à la Don King… je dis pas (ça pourrait être drôle), mais une webcam pour un tournoi d’Othello, fondamentalement, c’est aussi sexy qu’une caméra de sécurité à La Poste. Big Brother is watching you ! Sauf qu’il n’y a rien à voir… 😀
Remarquez, je suis un peu mauvaise langue car il m’arrive de mater de temps en temps pour savoir si une ronde est sur le point de démarrer (pas évident avec le décalage horaire), et puis il arrive aussi que des types craquent devant la caméra, un peu à la façon de Trevor, ce gamin de douze ans qui a fait le buzz (l’expression est tendance) en se trémoussant devant des webcams dans des boutiques Apple aux États-Unis.

Tout ça pour dire que c’est parti pour trois jours de retournements intensifs de pions, avec quelques-uns des meilleurs joueurs de la planète, et que ça me rend jouasse. Je dis « quelques-uns » car cette année il manque à l’appel deux trois pointures, et pas des moindres, à commencer par le double champion du monde sortant, le Japonais Yusuke Takanashi, qui n’est pas parvenu à se qualifier. Faut dire que le Japon recèle quelques dizaines de diamants bruts qui ne demandent qu’à être taillés pour le titre mondial, et qu’au vu des forces d’opposition locales (je peux en témoigner, je me suis fait doser par de jeunes pousses lors de la Rinkai Challenge Cup de Shinagawa, il y a trois semaines à Tokyo) il est particulièrement tendu de se qualifier dans l’équipe nationale, laquelle se compose traditionnellement de trois hommes et d’une femme (car il existe depuis 2005 un titre féminin. Cherchez l’erreur).
Ce qui n’a pas empêché Yusuke de montrer sa ganache à la télé et de faire un peu de prosélytisme (avec l’aide de Tetsuya Nakajima, Grand Maître charismatique de la scène othellistique japonaise). Ça se passait le 26 septembre dernier, enfin je crois, dans un show TV monté à la sauce manga : grosses exclamations, boîte à rires, titrages fluos, la totale quoi. Effet Lost in Translation garanti. J’adore.

J’entrave à peu près que dalle à ce qui se dit, je constate simplement que Yusuke explose un type en lui filant par avance quatre coins et deux bords entiers ! C’est un peu comme si on vous demandait de surfer Teahupoo nose ride avec une porte en contreplaqué à peine dégrossie. Bref, ça colle du lourd.

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Mon quarté pour le titre 2011 : Imre Leader (le sacre, enfin), Kazuki Okamoto (un Jap sinon rien), Matthias Berg (parce qu’il le vaut bien) et Arnaud Delaunay (bah ouais, quand même).
Rendez-vous dans deux jours.

[EDIT du 06/11/11]
Mon pronostic était à chier : Imre a fini dans les choux (19e/54), dans le sillage d’Arnaud (17e) qui a fait une belle remontée après un début de tournoi malchanceux. Matthias quant à lui a bien terminé dans le dernier carré, il y a également un Jap mais je me suis trompé de casaque (Okamoto finit 5e, atroce, je ne touche même pas le 2 sur 4 !).

À l’issue du système suisse les Japonais finissent dans un mouchoir de poche, aux 4, 5 et 6e places, et s’emparent du titre mondial par équipes avec quatre longueurs d’avance sur la Thaïlande.
Sur un plan comptable, ces sept dernières années, les Japs sont invaincus par équipes et n’ont concédé qu’un titre individuel (en 2008 l’Italien Borassi l’emportait 2-1 en finale contre Miyaoka). Le début des années 2000 semblait pourtant avoir marqué un tournant : nous pensions que les Américains Brian Rose, Ben Seeley et le globe-trotter David Shaman avaient mis fin à une domination nippone vieille de plus de 20 ans, et inversé durablement les rapports de force. Que nenni, nos amis du soleil levant ont remis les pendules à l’heure, notamment depuis le retour aux affaires du Hall of Fame Hideshi Tamenori qui a décroché deux nouveaux titres, en 2005 et 2006 (pour un total de 7 titres en 8 participations !).

La bonne surprise de ce mondial est incontestablement venue d’Arthur Juigner qui score 7,5 points et se hisse à la 15e place du haut de ses… neuf ans et demi ! Bluffant. Premier Français au classement, on se prend déjà à rêver d’un futur titre et d’un record de précocité. Le dernier titre français remonte à 1992 (Marc Tastet, champion du monde à Barcelone). Quant au record de précocité, à ma connaissance il est détenu par un autre Français, Paul Ralle, qui a remporté le titre en 84 à Melbourne, il avait 16 ans.

[EDIT du 07/11/11]
À propos du plus jeune champion du monde, Marc Tastet me souflle que, selon lui : « c’est Tanida (14 ans en 1982). Il a joué aussi cette année, mais n’avait pas joué entre-temps (un record : 29 ans). »
Merci Marc pour ces précisions.

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« Si je gagne, j’achète un break Citroën et je me rase le pubis. » The Brain

Il paraît que Claire ne passe plus les portes (elle est en cloque, notez). Et vu qu’elle a forcément chopé le melon depuis sa victoire chez Alex, elle doit ressembler au bonhomme Michelin.
Toujours est-il qu’elle est forfait pour l’étape de La Geekerie, samedi prochain à Saint-Miche. Grosse déception, on aurait bien vu Doc l’aider à mettre bas sur la table de pok (Juju en deuxième rideau avec les forceps), et petit soulagement, on se souvient encore de la branlée qu’elle nous a collée chez Alex.
Si seulement elle pouvait compter sur Mat pour ramener le pot à la maison, mais ce dernier est en général aussi frais qu’un SDF frappé par le chikungunya. Chez Alex, ce pochard a passé la moitié de la soirée à cuver sur le canapé (cf. photo en bas à droite dans la planche-contact).
Remarquez, ils ne sont pas légion, les joueurs qui ont brillé à La Plage. Jean-Neudes, Doc et Le Professeur ont sauvé les meubles. Les autres n’ont jamais vraiment vu la lumière. À un moment j’ai bien cru que c’était la soirée du père Benito, mais c’était avant qu’il ne crève l’œil de Monsieur Morse avec sa clope et ne finisse à moitié bituré sur un transat.
En fin de compte c’était une bonne soirée de losers comme on les aime.
Alex a méchamment assuré au niveau animation et logistique (piscine chauffée façon sentō, BBQ à l’américaine…). Merci à lui et à Céline pour leur hospitalité. Mention spéciale à Riton pour les badges.
Riton, c’est l’ambassadeur des LSOP, un plan com’ sur pattes. L’an prochain, c’est sûr, on est sponso par Red Bull.

Je réalise que cette première édition des LSOP, dont l’idée originale est comme sortie du chapeau, à l’improviste un soir d’hiver chez Benito, est en train de tenir ses promesses : réunir régulièrement une bande de potes et passer de bons moments, se taper des barres, refaire le monde entre deux pauses clopes et un verre de rouge.
« Auchan LSOP, la vie, la vraie. »

PS : Une pensée pour un pote qui me manque et dont je sais qu’il suit discrètement ces conneries à quelque 17240 km d’ici.

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Chrome, le navigateur made in Google, souffle sa troisième bougie et nous offre une frise graphique de l’évolution des technologies du Web depuis l’avènement du HTML 1.0 au début des années 90.
Plutôt sympa.

Pour profiter de l’animation pleine bourre, ça se passe par ici : http://evolutionofweb.appspot.com

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