Un de mes profs disait : « la Philo, c’est un cercle. On y entre à pieds joints ou on reste à la marge. » Cette formule colle assez bien à l’idée que je me fais de Tokyo. Cet endroit est tellement ailleurs, tellement insolite, qu’il faut y entrer sans réserve, accepter de se perdre et même de désapprendre, pour finalement s’y sentir bien.

Octobre dernier, de passage dans la « capitale de l’est », l’idée me vient de participer à un tournoi d’Othello.
Je mentirais si je disais que j’y avais pas déjà un peu (beaucoup) pensé, mais je m’étais fixé une ligne de conduite, j’avais décidé de sortir de ma bulle, de passer un max de temps avec ma boulette. Tant de choses à faire, tant de trucs à voir…

Il ne m’avait toutefois pas échappé que notre planning comportait quelques blancs. L’idée pouvait donc faire son chemin… et l’occasion ferait peut-être le larron. Soit dit entre nous, Tokyo c’est un peu La Mecque du jeu d’Othello… comment résister ? Vous en connaissez beaucoup des surfeurs qui se pointent à Hawaï pour chercher des girolles dans les bois ?
Discrétos, je fais donc un petit tour sur le site de la fédé japonaise d’Othello : imbitable. Je le passe à la moulinette du traducteur Google : pas mieux  (il doit manquer la mention bêta quelque part :-D).
Me vient alors une nouvelle idée (ouais, mes neurones fonctionnent en dual channel) : je fais part de la situation à Takuji, un pote othelliste parfaitement bilingue. Takuji me répond qu’un tournoi est en effet prévu dans les jours qui viennent, il me donne l’adresse mail de l’organisateur et me file l’URL d’un plan pour m’aider à trouver le lieu ad hoc. Royal. J’écris aussi sec à l’hôte du tournoi qui n’est autre que Tetsuya Nakajima, une des étoiles nippones du pion biface (8e Dan). Peine perdue (je pue ou bien ?). Bah, je me débrouillerai tout seul. J’ai un plan, après tout.

Et ce fameux plan, le voici :
Euh… encore des idéogrammes, c’est quoi c’t’embrouille ? Atroce.
Je reprends le message de Takuji et note les mots clés : « Rinkai Challenge Cup », « samedi après-midi », « Shinagawa ». Sans conviction, je retourne sur le site de la fédé japonaise, clique à tout-va comme un gros benêt, et tombe finalement sur la page d’annonce du tournoi. Dans cette dernière, un lien renvoie vers ce qui semble être la page de présentation du centre culturel de Yashio Plaza (le lieu du tournoi à Shinagawa), il y a aussi des infos sur les différents moyens de s’y rendre, c’est pas hyper compréhensible mais c’est toujours bon à prendre. Et puis il y a des photos, ça peut aider.
Sur ces entrefaites, j’annonce officiellement à la boulette qu’on va tracer à Shinagawa et qu’il nous faudra prendre un bus, le genre où rien n’est traduit (y’a pas plus phobique pour des touristes qui ne maîtrisent pas la langue de Murakami). Même pas peur. Bah ouais, elle est comme ça la boulette.

Et nous y sommes, le souffle court, mais nous y sommes (je passe sur les détails de notre itinéraire façon Pékin Express, il faudrait que j’écrive un bouquin). Plus précisément, c’est en voyant ça que j’ai su que nous y étions.

Nous entrons, une trentaine de têtes brunes se tournent instantanément vers nous, interloquées, comme si le temps s’était arrêté et que quelqu’un avait coupé le son. Effet Lost in Translation. Des touristes à Tokyo par les temps qui courent, c’est déjà chelou (les étrangers pensent qu’ils vont mourir ou qu’un troisième bras va leur pousser), mais un Français et sa copine dans un trou de taupe à Shinagawa, ça dépasse l’entendement.
J’aperçois dans le fond Tetsuya et me dirige vers lui. Je me présente, lui explique la raison de notre présence, lui rappelle que nous nous étions déjà rencontrés en 2006 à Mito, il hoche la tête l’air de dire « oui mais non », il me présente sa femme, elle va prendre mon inscription (1500¥, un peu moins de 15€) mais il faut choisir une catégorie, ah bon ? Bah ouais, au Japon c’est pas la fête du slip, tu peux pas te frotter aux gros tendus direct, il y a des règles. Il a besoin de connaître mon classement. Le problème c’est que le système d’évaluation européen (sorte de Elo) est différent de celui utilisé au Japon (échelle de Kyu et Dan) et qu’il n’y a pas vraiment d’équivalence. On me laisse donc le choix : Débutant, Intermédiaire ou Pro. Euh… je ne conçois pas de jouer en « Débutant », même si je sais que le niveau moyen des Japonais est sensiblement plus élevé qu’en occident et que j’ai quelques réserves sur ce qu’ils appellent ici un « débutant »… D’un autre côté, si je choisis la catégorie « Pro » j’ai peur de passer pour un type qui pète plus haut que son cul ; je doute que tous les joueurs soient de la trempe de Nakajima mais le risque existe que je perde toutes mes parties (atroce)… En fin de compte, Tetsuya me propose d’intégrer la catégorie « Intermédiaire » ; j’accepte respectueusement.

Tetsuya fait un discours d’ouverture en brandissant des papiers et en désignant des trucs sur un tableau. Je devine qu’il explique le déroulement du tournoi, je fais donc semblant d’acquiescer lorsqu’il regarde dans ma direction.
À un moment donné, il nous montre du doigt, à la boulette et moi, puis me fait un signe de la main, comme s’il fallait que je me lève… mais j’étais déjà debout. Je rentre alors la tête dans les épaules comme pour dire « euh… quoi ? », il s’approche et me glisse à l’oreille : « please, say something. »
Je me tourne vers l’assistance qui me regarde fixement, dans un silence quasi monastique ; je me dis qu’ils ne kiffent peut-être pas mon tee-shirt Nintendo « Jesus saves after he passes each level »… Passons. Petit discours poli dans un anglais approximatif (ça fait un bail que j’ai pas révisé mes verbes irréguliers), pour la forme donc, vu que la plupart d’entre eux ne pipent pas un mot d’anglais (véridique).

Les choses sérieuses vont pouvoir commencer.
On m’explique un dernier truc : au Japon, il n’y a pas de partie nulle. On procède à un toss avant de commencer la partie ; celui qui gagne le toss peut soit choisir la couleur avec laquelle il va jouer, soit choisir la nulle, comprenez : en cas de partie nulle (32-32), c’est lui qui l’emporte. C’est chelou mais c’est la règle maison, faudra faire avec.
C’est parti pour six rondes de 2×20 minutes.

Mon premier adversaire s’appelle Mitsuaki Takigawa (photo ci-contre). Il a une bonne cartouche.
J’aborde cette partie dans le brouillard le plus total et j’attends des premiers coups qu’ils me renseignent sur le niveau moyen de cette catégorie. Le toss m’est favorable. Comme je n’ai pas de préférence entre l’une et l’autre des couleurs, je prends la nulle. Mitsuaki choisit les noirs et me surprend dès le coup 7 sur une ouverture « Campagnarde collée » (c4c3 d3c5 b3e3) avec f3. C’est un début que je me rappelle pas avoir jamais joué en tournoi. Quatre réponses me semblent envisageables : c2, d2, e2 ou f2, mais je retiens bien évidemment la pire d’entre elles, à savoir e2 (qui ne payait pourtant pas de mine). Dès la réponse de Noir en f6 je comprends qu’il eût mieux valu jouer c2 (c’est précisément ce que je suis en train de me dire sur la photo : « C’est atroce ce qui m’arrive, je suis déjà dans la mouise… »).
Quelques coups plus tard, il m’apparaîtra clairement que Takigawa n’était pas venu pour beurrer les toasts. J’aurai beau essayer de compliquer la partie en feignant des arnaques ici ou là, je ne sauverai que 17 pions, victime d’un solide béton sur les bords nord et est. Ça commence mal.

Les appariements de la ronde 2 sont lancés et on m’annonce que je ne jouerai pas. En effet, nous sommes un nombre impair de joueurs, ce qui implique qu’à chaque ronde un joueur est mis au repos (généralement le joueur le moins bien classé). La règle veut qu’il gagne alors sa partie par défaut. En France, nous appelons « bip » l’adversaire virtuel que nous battons de cette manière (« jouer contre bip » ou « bipper »  sont des expressions courantes). Au Japon, le fait de « bipper » se dit 不戦, ce qui d’après notre ami Google signifierait « renonciation à la guerre ». C’est plus classe que « bip » 😀
Mais là aussi il y a une différence de traitement entre Occidentaux et Japonais : le score par défaut est de 44-20 pour les premiers, et de 32-32 pour les deuxièmes (avec valeur de gain, œuf course).

Je profite de cette pause forcée pour rejoindre la boulette qui est sortie se dorer la pilule et manger un bout.
Lorsque j’arrive sur le parvis, elle est en train de s’essayer à un parcours de réflexologie plantaire. Je lui emboîte le pas en me disant que ça pourrait m’aider à « recentrer mes énergies » ou une connerie dans le genre, mais c’est finalement au-dessus de mes forces. Une vraie torture. D’un point de vue symptomatique, ça veut probablement dire que j’ai une tumeur au cerveau ou un organe qui fuit mais je préfère pas savoir…

Ronde 3. J’affronte le jeune Yuto Kimura.
Yuto négocie très bien le début de partie (je misais sur l’effet de surprise en jouant une ouverture Baghat mais c’est râpé). Et en y regardant de plus près, je pense qu’il aurait pu me poser des problèmes autrement plus sérieux…
De 17g5 à 36h2 il y a quelques approximations de part et d’autre mais aucun de nous ne parvient à prendre un avantage clair. Après 37b4 suivi de g2 c2 b8 f8 g8 f7, je sens que j’ai une finale gagnante. C’est à Blanc de jouer et il est forcé d’ouvrir à l’ouest, il choisit 44a5, ce qui nous amène à la position suivante :

[applet code= »OthelloViewer2″ file= »http://www.frank-poupart.org/othello/applet/OthelloViewer2.jar » width= »300″ height= »315″] [param name= »background » value= »#fafafa »] [param name= »position » value= »—————————0X——X0————————— X »] [param name= »ListMoves » value= »c4e3f4c5d6f3e2f6d3f2d2e1f5e6c6g6g5b3b5h5g3g4e7c7d7h4h3c1d1e8c8c3f1d8b1h2b4g2c2b8f8g8f7a5a6a3b6a4a2b7a8a7h8g7h7h6h1g1a1b2″] [param name= »playMoves » value= »44″] [/applet]

Dans cette position, a4 et b6 gagnent assez largement (+16). Le problème c’est que Yuto et moi sommes en zeitnot (perso il doit me rester une vingtaine de secondes), il faut que je joue à tempo ou presque et je n’ai pas le temps d’envisager tous les coups. D’ailleurs, nous avons arrêté de noter la partie et je ne garantis pas l’exactitude de la séquence jouée après 49a2 que je reproduis ici de mémoire (mais ça y ressemble, et ça colle au score final).
Retour à la position : 45h7 ne me traverse même pas l’esprit (pas plus que 45b6) ; j’écarte a3 à cause de 46a4 sans chercher à voir plus loin (pas le temps) ; et sur 45a4 j’ai peur de a6 alors que Blanc n’y a pas accès… bref j’ai tout faux. Je suis en mode panique.
Je joue 45a6 de façon réflexe mais après a3 b6 a4 j’ai comme l’impression d’avoir manqué le coche. Je ne peux pas jouer b7 car Blanc reprendrait le bord en a7 sans retourner b7, a2 me semble donc forcé, l’attaque de Blanc en b7 inévitable, et la partie de m’échapper. À cet instant, dans mon esprit cela ne fait plus de doute, j’ai merdé, c’est plié (je perdrai effectivement 25-39).
Pourtant… il restait un coup gagnant : 49b2 ! (+4)
Un putain de tesuji. Un coup qui parle aux Grands Maîtres, pas aux brêles dans mon genre 😀
Même à froid, en ayant du temps à la pendule, honnêtement je ne suis pas sûr de trouver ce coup.

Faisons le point. J’ai pris une branlée à la première ronde, bippé à la deuxième et merdé dans la troisième. C’est pas glorieux.
Je commence à flipper, à me dire que ma place était en « Débutant ». Atroce.

Ronde 4. Techine Hashikawa. Le cadet de la catégorie, et sans doute le moins expérimenté.
Comme moi, il a perdu deux parties (dont la première sur la plus petite marge) et marqué un point contre bip.
C’est bien simple, il faut que je le détruise. Il a une bonne bouille mais ça ne change rien à l’affaire, je n’ai plus le choix, je dois gagner par ippon. Si je ne le fais pas pour moi, je le ferai pour la France 😀
55-09, I’m back to business !

Ronde 5. Kousuke Fujita. Il a gagné trois de ses quatre premières parties, ça s’annonce rude.
J’ai les noirs. Ouverture « Campagnarde Berner » (c4c3 d3c5 b3f4 b5b4 d6). Kousuke joue vite, comme s’il savait parfaitement où il allait. Certains de ses coups me semblent pourtant assez faibles, il me donne un temps, puis un autre… je ne comprends pas où il veut en venir. Au coup 21, Kousuke s’arrête subitement de jouer et commence à faire la moue, comme s’il se rendait compte que quelque chose n’avait pas tourné rond. Il se redresse sur sa chaise et penche la tête sur le côté ; je ne suis pas expert mais pour moi cette expression ne peut vouloir dire qu’une chose : « What the fuck ?! »*
Trop tard, 47-17.

Ronde 6. Satoshi Asahina. 3e Dan. On me le présente comme l’adversaire le plus dangereux de la catégorie.
C’est la dernière ronde, c’est pas le moment de flancher. À priori tout le monde a perdu au moins une partie, je peux encore sauver les meubles, voire me placer…
Ouverture « Heath cheminée ». J’ai les blancs, je joue mon coup 10 au bord : c4c3 d3c5 b4e3 e2d2 c6a4. C’est un début qui me met en confiance, contrairement à Satoshi qui se retrouve assez vite en difficulté (visez la position sur la photo, Noir a le trait, ça sent les emmerdes…). Je gagnerai 40-24, limite sans forcer, c’est à n’y rien comprendre.

Contre toute attente, je termine troisième du tournoi (à égalité de victoires avec le deuxième mais ce dernier a un pion de plus que moi au départage !), ce qui me vaut de recevoir des mains de Tetsuya Nakajima un joli certificat sur lequel est écrit que j’accède au rang de 1e Kyu. De la balle. C’est jamais qu’un bout de papier pour une perf’ en demi-teinte mais je sais pas… sur le moment j’ai eu envie de me mettre en slip et de chanter du Elvis :

Au fond, je suis surtout soulagé d’avoir pu remonter la pente après un départ de merde. Ça m’aurait fait mal de rentrer bredouille, même si l’ambiance et l’esprit bon enfant du tournoi valaient cent fois le déplacement.
Du côté des pros, c’est logiquement Tetsuya qui l’emporte, en concédant toutefois deux défaites, la première contre la championne féminine Yukiko Tatsumi, la deuxième contre un de ses élèves : « Gabo » (Hiroaki Iwakura), à droite sur cette photo.

Mon prochain voyage au Japon est prévu en 2016, mais je ne m’interdis pas d’y faire un saut dans l’intervalle. La possibilité de participer au Meijin (un des plus prestigieux tournois japonais) commence à m’exciter, et vu que la boulette est maxi open à l’idée de retourner à Tokyo… qui sait.

[EDIT du 26/04/12]
*Il me revient que Takuji Kashiwabara avait eu à peu près la même réaction dans cette partie qui nous opposa lors du championnat de France 1999 (j’ai les blancs). Sauf que lui c’est dès le coup 15 qu’il s’est mis à grommeler je ne sais quoi dans sa barbe de vieux sage, comme s’il se flagellait intérieurement.
Tous ceux qui connaissent Takuji savent qu’il est réputé pour jouer extrêmement vite (et bien). C’est la première fois que je l’affrontais et j’étais sur mes gardes car je savais qu’il s’agissait d’un joueur très dangereux. Il joua comme à son habitude très vite un début pourtant irrégulier (ouverture particulièrement délicate à négocier pour les noirs, c’est un peu comme si aux Échecs après e4e5 vous répondiez a4 !), s’imaginant sans doute qu’il ne ferait de moi qu’une bouchée… Gnurf gnurf gnurf !

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J’ai découvert sur la page d’un pote othelliste cette vidéo qui m’a bien fait triper. Il s’agit d’un clip musical (This To Shall Pass de OK Go) monté façon machine de Rube Goldberg.
Je la balance en 720p mais vous pouvez la télécharger dans sa version plein format (cf. lien juste en dessous de la vidéo) pour profiter au max de tous les détails (ils sont nombreux), impossible de tout remarquer à la première lecture.

[ télécharger la version 1080p ]
MP4 env. 102Mo

Le nombre de TV fracassées et empilées à 02:43 donne une (fausse) idée du nombre de tentatives avortées 😀
C’est amusant de voir que de jeunes nerds peuvent s’enthousiasmer ailleurs que derrière leur clavier, bricoler des mécanismes à l’ancienne (ici une poulie, là un tréteau…), récupérer des objets ordinaires et sublimer leur fonction de base dans un engrenage de mouvements parfaitement synchronisés.
Gros travail d’équipe pour un délire hyper calé et ultra convaincant.

© James Frost (le réal), OK Go (le groupe) et Syyn Labs (un collectif de créatifs spécialisés dans le développement de projets artistiques).

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Je sais pas vous mais moi, quand viennent les beaux jours, j’aime manger de bonnes grosses salades de riz avec plein de trucs dedans, et des œufs durs à la croque-au-sel.

En fonction de la fraîcheur des œufs et du temps de cuisson, il peut s’avérer laborieux de les écaler.
Voici deux ou trois tips qui peuvent aider :

-Ajoutez une cuiller à soupe de sel dans l’eau de cuisson ;
-Une fois l’eau de cuisson vidée, plongez les œufs dans un récipient rempli d’eau froide et laissez reposer deux minutes. Le choc thermique agira de façon à décoller la membrane qui se trouve entre l’œuf et la coquille

J’ai aussi lu quelque part que si d’aventure un œuf se fendait durant la cuisson et que du blanc commençait à s’en échapper, le fait d’ajouter un peu de vinaigre permettait  de « stopper l’hémorragie ». Étonnant, non ?
Je craque. La liberté, la pression, tout ça 😀

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Depuis bientôt deux mois, quelques activistes des LSOP (dont votre serviteur) ont monté une équipe de streetball et se donnent en spectacle tous les dimanches à Bordeaux Lac, persuadés qu’ils vont finir par retrouver leurs jambes de vingt ans. Le résultat est assez pathétique : poumons brûlés, articulations détruites, problèmes de prostate, couillites…
Les terrains du Lac étant prisés par toutes sortes de gitans joueurs, nous n’avons toutefois pas tardé à trouver des adversaires à notre portée (enfin, c’est l’impression qu’ils nous faisaient… de loin) : la team des gros bâtards de Bordeaux Thiers, emmenée par un type sur lequel j’avais déjà quelques dossiers, je veux parler de mon pote Goujon.

Chaque dimanche après-midi, les matchs team du Lac versus team de Bordeaux font donc rage (dans un style purement old school), et j’aimerais vous dire qu’on leur tient la dragée haute (à ces gros bâtards) mais la vérité c’est que… on prend rouste sur rouste.
On enchaîne aussi les fautes antisportives et sur ce point je tiens à préciser que, pour une raison forcément obscure, The Brain est presque toujours impliqué dans les actions litigieuses, celles qui se soldent par un traumatisme crânien ou une fracture ouverte. Et, le plus étonnant − je l’avais pas compris tout de suite − c’est qu’il représente un danger pour lui-même aussi.
J’ai dans l’idée de filmer notre prochaine session afin de rendre compte de ce phénomène pour le moins chelou. Sans compter que l’analyse vidéo sera peut-être pour nous un moyen de mieux comprendre nos faiblesses… et d’arrêter définitivement ce sport de merde.

Sachant que, physiquement, nous sommes tous plus ou moins cramés (les mieux portants sont comme qui dirait en sursis), je propose qu’on drafte un jeune joueur polyvalent, un type qui a du toucher, qui lit bien le jeu, qui score, qui défend… bref, un joueur complet.
Que diriez-vous d’Aquille Carr ? (Je sais que vous ne pouvez pas répondre mais j’essaie d’installer une sorte de connivence entre nous, sinon j’ai l’impression de pas avoir d’amis… vous comprenez ?)
Si vous voulez mon avis, tous les scouts ont actuellement les yeux rivés sur ce sophomore de Patterson High School et ont déjà tracé pour lui un plan de carrière NBA en or massif. Faut dire que le gamin sait tout faire. Jamais vu des crossovers aussi furtifs et puissants depuis euh… depuis qui au juste ? Tim Hardaway ?
Matez la façon avec laquelle il fait tourner en bourrique son défenseur direct à 00:36. Et le combo qu’il sort en pleine course à 00:27. Ça défonce, c’est HUGE !!!
À côté de ça, le fait qu’il mesure 1m73 et passe des dunks en match est presque anecdotique (cf. dernière action de la vidéo). Ça a l’air tellement facile.


Et comme nous sommes des buses au 21 (et qu’on met toujours trois plombes à faire les équipes aux lancers) je me suis dit qu’on pourrait se payer une heure de cours avec Steve « Hair Canada » Nash…


Easy 😀
Si on se cotise… ça peut passer.
Au pire on achètera des bières, et des poches de sang frais qu’on mettra dans une glacière pour se transfuser entre deux matchs…

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« Certains s’en tiraient à bon compte […] d’autres devenaient des monstres […] Mais quels que fussent les symptômes, une fois touché, on était ‘le chat’ pour toujours. » Charles Burns, Black Hole.

Black HoleLue d’une traite, un soir que  Morphée se faisait attendre, j’ai eu un vrai coup de cœur pour cette œuvre de Charles Burns, un auteur américain qui se range dans la mouvance de la bande dessinée alternative (aux côtés de Spiegelman notamment, avec lequel il a collaboré à ses débuts).
Black Hole se compose normalement de six volumes, mais les éditions Delcourt ont publié une très belle version intégrale qui a trouvé place sur une de mes étagères (cf. couv ci-contre). Charité bien ordonnée…

L’univers de Black Hole est d’une noirceur insondable, effrayante, mais on ne peut pas s’empêcher d’être attiré par elle, inexorablement (remarquez, n’est-ce pas le propre d’un trou noir ?), happé par son étrangeté, et le destin cauchemardesque de ces adolescents maudits.

L’action se déroule dans les années 70 à Seattle, à une époque où – j’adore ce qui est écrit en deuxième de couverture : « ce n’était plus vraiment cool d’être un hippie, mais où Bowie était encore un peu trop bizarre ».
De jeunes lycéens sont frappés par une MST incurable dont les stigmates sont aussi improbables que monstrueux. D’aucuns essaient de se terrer et de vivre en autarcie, à l’abri des regards, d’autres rêvent de s’évader, de prendre le large… mais, quand la folie se mêle à l’ostracisme ambiant, les choses commencent à vraiment mal tourner.

L’extraordinaire cloisonnisme du dessin ajoute au côté oppressant de l’histoire, et le noir et blanc confère à Black Hole cette beauté sombre et fantasmagorique qui fait d’elle une œuvre définitivement à part, chaudement recommandable.

J’ai lu quelque part que Fincher aurait dans l’idée d’adapter cette BD au cinéma, c’est du lourd, je demande à voir.

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Hey Riton, comme je me sentais un peu merdeux, j’ai déterré pour toi un bon DTV (oui, ça existe) : Moon.
Ce film à petit budget est sorti en salles il y a trois ans, en Amérique du Nord et au Royaume Uni, mais pas en France où il est passé complètement inaperçu. Il s’agit du premier long de Duncan Jones. Ce nom te dit peut-être quelque chose, c’est à lui qu’on doit l’astucieux Source Code, avec Jake Gyllenhaal et Michelle Monaghan, sorti en 2011.
Moon est un film d’anticipation (à priori la spécialité de Jones). Sam Bell (le perso principal interprété par Sam Rockwell) est employé par Lunar Industries pour assurer l’exploitation d’une base lunaire qui alimente la Terre en énergie. En fait, le processus d’extraction du minerai (quoique s’agissant de poussière lunaire, je ne sais pas si le terme est approprié) est largement automatisé, le rôle de Sam se résume essentiellement à des actions de surveillance et de maintenance de la station. Il est assisté de GERTY, un robot articulé et doté d’une IA, qui pourrait avoir comme cousin (pas si) éloigné le HAL de 2001 : A Space Odyssey.
Sam a comme ses prédécesseurs signé un contrat de trois ans. Ce dernier arrive bientôt à échéance et on se dit que c’est tant mieux parce que la solitude pèse méchamment sur notre ami qui en plus de se faire chier comme un rat mort commence à avoir des hallus. Circonstance aggravante, pour une raison un peu chelou, il n’est pas en mesure de communiquer directement avec sa femme et sa fille (qui lui manquent cruellement) ni avec sa hiérarchie à laquelle il doit rapporter régulièrement. Les transmissions se font en différé, par échange de messages vidéos enregistrés (bizarre, vous avez dit bizarre ?). Tiens bon Sam, c’est bientôt la quille !
Bientôt, oui. Sauf que… il va se passer des trucs.

Putain la pression ! 😀

En fait, je ne peux pas en dire davantage sans niquer l’intrigue. Je te laisse donc mater ce film (ou pas, si t’as décidé de me faire chier). Tu verras qu’en plus de soulever des questions intéressantes, Moon n’oublie pas d’être à l’écran ce qu’il est supposé être : un film.

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Sylvain a la bougeotte. À peine était-il rentré du Mexique (où il a passé plusieurs années) qu’il repartait au Liban sans trop savoir ce qu’il y trouverait, un peu à l’arrache quoi.
De retour en France (trois mois règlementaires plus tard), il partage avec nous quelques soirées, quelques sessions de streetball aussi, mais la piste d’un job le pousse bientôt à faire une nouvelle fois son paquetage, direction l’Estonie !
Mission de deux mois pour notre globe-lover préféré (saxophoniste et danseur de salsa, effet Axe assuré) en terre Baltique.

Récemment, il nous a envoyé une petite vidéo aussi sympa qu’inattendue.

On pense à toi friendo et on a hâte d’avoir la version longue de tes carnets de voyage !

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L’étape du Macumba Club s’est montée en moins de temps qu’il n’en faut pour cuire un œuf à la coque.
Alex n’avait pas pu défendre ses chances à La Nursery (le golden boy des bons plans était à Miami pour noter les bars à putes) mais il ne comptait pas pour autant se laisser distancer au classement. Et comme il fait rarement les choses à moitié, il s’est permis de nous dérouiller à domicile, ce qui est contraire aux règles élémentaires de bienséance et en dit long sur la nature de son… dark passenger.
En remportant cette étape (sa troisième victoire !), Alex nous adresse un message clair : « Je veux bien passer pour un mec cool, mais évitez de ramasser la savonnette ! »

Perso, contrairement aux apparences, je prends un meilleur départ que l’an dernier, mais j’ai du mal à conclure (déjà deux finales perdues). Mauvaise lecture de l’adversaire, mauvaise gestion des mains spéculatives (ex : 89 ; 35 flush…), mauvaise passe… Cela dit, le Poker, c’est comme la pêche aux canards, il ne faut pas se mettre martel en tête, c’est surtout une affaire de patience et de chatte.

Benito s’accroche à sa place de leader. Trois étapes, trois podiums, c’est l’état de grâce.
En début de saison j’aurais pas mis un bifton sur lui ; ce n’est plus le même homme (enlève ton masque sale bâtard !). À la table il est impressionnant, on dirait Phil Hellmuth avec un monstre dans le slip genre la Grosse Bertha (visez la photo du milieu, il est à bloc, ne manque plus que l’écusson Red Bull).

Difficile d’avoir un mot pour chacun des joueurs tant cette partie a été disputée (l’effet freezeout ?) ; le seul qui soit sorti du chaudron relativement tôt, c’est Adrien. J’en profite pour le remercier : enfin un guest qui nous respecte :-)
Je crois me rappeler que deux voire trois joueurs ont été éliminés en même temps (Le Prof, Riton et The Brain ?) ; de la septième à la quatrième place tout s’est décidé très vite, en quelques mains. C’est souvent ce qui arrive lorsque les blinds sont importantes et qu’il reste pas mal de joueurs à la table, ça finit par se régler à coups de tapis.

Alex et Céline, merci. Une fois de plus, et un peu plus à chaque fois.
Au risque d’abuser, je vote déjà pour une étape « La Pergola » cet été 😎

En attendant, next round chez les Poupart. Ça va chier.

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« Tout le monde a deux métiers : le sien et critique de cinéma » François Truffaut

Plusieurs semaines que Riton me tanne avec The Man from Earth.
Chaque fois qu’on cause ciné j’y ai droit : « The Man from Earth, t’as pas vu The Man from Earth ? Putain Poupy, tu me déçois, The Man from Earth ! » Ça revient comme une litanie, un peu comme « le planter du bâton », si vous voyez ce que je veux dire. Atroce quoi, québlo le Riton. À croire qu’il s’est chibré le lobe frontal ou je sais pas.
Je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose. Je peux pas le laisser dans cet état. C’est mon pote. C’est sale. Et puis, ça me coûte rien de mater son film, d’autant qu’il me l’a vendu comme la huitième merveille du monde, alors qui sait…

The Man from Earth est ce qu’on appelle un DTV (acronyme de Direct-To-Video), c’est à dire un film sorti directement en vidéo. Ce mode de distribution est généralement réservé à des films dont la qualité technique et artistique est jugée insuffisante et/ou dont le genre est trop restreint ou barré pour sortir en salles. C’est le cas de nombreuses séries B vaguement horrifiques (et des pornos, naturellement), des navets qu’on regarde entre potes pour se marrer autour d’une bière et d’un paquet de burritos.
En fait, The Man from Earth n’est pas un véritable DTV car il a bénéficié d’une (courte) exploitation en salles, mais uniquement dans son pays d’origine. L’an dernier, soit quatre ans après sa sortie officielle aux US, la boîte Action & Communication (qui semble faire des nanars son fond de commerce) a acquis les droits pour éditer le film en BD/DVD sur le marché français. Il faut dire que le film avait jusque-là très bonne réputation sur les réseaux P2P où il s’était largement propagé (ce dont le producteur s’est ouvertement félicité car cela a permis au film de se faire connaître au-delà des frontières américaines), il est même taxé d’un 8/10 sur IMDb avec, au moment où j’écris ces lignes, plus de 52 000 notes enregistrées. Ça pousse à la curiosité.

Au passage, on peut imaginer que le DTV est appelé à évoluer et à devenir autre chose qu’un sous-produit de l’industrie cinématographique.
Internet n’en finit plus de bousculer nos vieux modèles économiques et il apparaît aujourd’hui, dans la musique en particulier, qu’un nombre grandissant d’auteurs choisissent bon gré mal gré de sortir du circuit standard de commercialisation et de s’orienter vers des marchés alternatifs, dématérialisés. Cela change jusqu’à leur façon même de concevoir des albums qui, à l’heure du tout numérique, ne se résument plus forcément à de simples successions de tracks.
Au cinéma, si les films à petits budgets continuent de fléchir sous le poids des grosses productions, alors il se pourrait que le marché du DTV explose et fasse émerger de nouveaux talents, aidé par le lobbying des réseaux sociaux. Aussi, dans certains cas, je ne vois pas pourquoi les films ne feraient pas le chemin inverse : sortir en vidéo (pas forcément sur un support physique, je pense plutôt à la VOD, au streaming…) avant de sortir en salles. C’est peut-être le DTV, à terme, qui sauvera ce qu’on appelle encore le cinéma d’auteur. En même temps, c’est juste une idée, je suis pas madame soleil.

Revenons à notre film.
C’est l’histoire d’un type, 35 piges, prof d’histoire, qui décide soudainement de tout plaquer et d’aller voir ailleurs s’il y est. Il prépare tranquillement ses cartons quand débarquent chez lui plusieurs de ses collègues universitaires, bien décidés à comprendre les motivations de cette retraite anticipée que rien ne laissait présager. Notre prof commence par éluder la question en avançant quelques motifs bidons qui ne trompent personne, il décide alors de jouer la carte du secret défense : je ne peux rien vous dire, vous ne me croiriez pas, c’est un truc de ouf… N’y tenant plus, ses amis se mettent à le harceler de questions au point que le prof finit par cracher le morceau : je suis un homme de Cro-Magnon, j’ai 14 000 ans mais en paraît toujours 35 ! 😯
What tha fuck ?! Putain, la vache ! Vite, une bière.
C’est pour ça qu’il met les voiles. Il part avant que quelqu’un ne découvre le secret de sa longévité. Ainsi, tous les dix ans, notre prof serait condamné à jouer la fille de l’air. Tout le monde est sur le cul − on le serait à moins. Chape de plomb, direct.
C’est le point de départ et la ligne dramatique du film : pendant 1h27 toute la question va être de savoir s’il raconte des cracks ou pas.
En fait, The Man from Earth peut se résumer à une simple expérience de pensée : « What if… ? »
Au début, bien sûr, tout le monde croit à une mauvaise blague (disons que la pilule est un peu grosse) mais, au fil des échanges, certains éléments de réponse amènent l’auditoire à réfléchir autrement et à faire sauter les barrières de la connaissance, comme pour se donner des raisons d’y croire. C’est tellement grisant de penser que ça puisse être vrai… Chaque perso (pour la plupart, des hommes de science) alimente le jeu des questions réponses en fonction de sa spécialité et pousse un peu plus loin cette invitation au voyage dans l’espace et le temps. Jusqu’à quel point cette histoire peut-elle tenir la route ?

Le film prend donc la forme d’un huis clos (tout ou presque se passe dans la même pièce) et repose entièrement sur la qualité (présupposée) de son écriture et la capacité de ses interprètes à faire entrer le spectateur dans le délire.
C’est là que les problèmes commencent.

Le huis clos au cinéma, c’est un peu comme si vous achetiez une Audi R8 pour rouler à 50 km/h. Le support est surdimensionné. De mon point de vue, c’est un genre qui convient mieux à la littérature ou au théâtre (pas étonnant, au reste, que ce script ait été plus tard porté sur les planches). Je ne dis pas que huis clos et cinéma ne font jamais bon ménage, je dis seulement que c’est rare et que ça relève bien souvent du tour de force (exemple classique et inégalé : Rear Window de Hitchcock).
Ce qui m’amène au problème numéro deux : le réalisateur n’a visiblement pas la moindre idée de ce qu’il fait. Il ne faudra donc pas compter sur des effets de mise en scène, cette dernière est au pire inexistante, au mieux comique (j’hésite à dénoncer ce double plan de netteté qui est copyrighté par Les Feux de l’Amour).
Pour ne rien arranger, les acteurs semblent avoir été castés pour un épisode de Derrick. Aucune empathie, aucune émotion n’opère. C’est à pleurer.
Reste l’histoire, qui soulève un certain nombre de questions fondamentales sur l’histoire de l’humanité, la science et la religion [spoil] ouais parce que le perso principal, en fait, on apprend que c’est Jésus (ça vous étonne ?), mais un Jésus qui a quelque chose de nietzschéen, en ceci qu’au départ ce serait juste un type qui cherchait à transmettre des valeurs de bien et de paix (valeurs que lui aurait transmises son pote Bouddha) loin du mythe et des institutions organisées du christianisme qui promettent la vie éternelle. [/spoil]. Mais cette branlette intellectuelle suffit-elle à faire un bon film ? M’est avis qu’on est loin du compte.

Même si la cohérence de son récit impressionne, John Oldman (c’est le nom de notre cher prof, je ne relève pas le jeu de mot) sait qu’il ne peut pas avancer l’ombre d’une preuve et, constatant qu’il a plongé ses amis dans un profond désarroi, et peut-être même ébranlé leurs certitudes à jamais, prend la porte de sortie la plus sûre : détendez-vous, c’était pour déconner, tout ça n’est que fiction ! Take it easy !
Chacun reprend ses esprits, change de slip, se réconcilie avec John (y’en a un qui était limite nervous breakdown et a bien failli lui décocher une droite) et regagne ses pénates, à moitié soulagé et légèrement groggy.

Le twist final (que je vous laisse découvrir) répond à la question que tout le monde se posait, mais on s’en tamponne le coquillard, on avait déjà compris au bout de vingt minutes… que le film serait à chier.

En conclusion : un film à fuir comme une patate chaude. Au besoin, faites-vous un café-philo et/ou un bon bouquin, vous gagnerez au change.

Cet avis n’engage évidemment que moi, et vu que la plupart des gens semblent avoir kiffé, mettons que je suis à côté de la plaque. Vous savez ce qu’on dit, les goûts, les couleurs…

Il n’est pas dans mes habitudes de dire du mal d’un film, vu qu’en général je m’efforce d’écrire uniquement sur des choses ou des sujets que je kiffe.
Riton me pousse à dire des trucs sales, en fait. Je crois qu’il a une mauvaise influence sur moi.

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