Le marché des applis pour smartphones et autres tablettes numériques est en pleine effervescence. Chaque jour de nouvelles applis font leur apparition et chargent un peu plus les linéaires virtuels d’une offre déjà pléthorique, anarchiquement, le pire côtoyant le meilleur, la merde se mêlant au jasmin, bien malin dans ces conditions celui qui arrive à séparer le bon grain de l’ivraie.
C’est le cas, par exemple, des programmes d’Othello/Reversi. Il en existe plusieurs dizaines, mais les bons programmes se comptent en réalité sur les doigts d’une main.
Pour faire court, à l’heure actuelle, il n’y a guère que DroidZebra, portage sous Android du célèbre programme de Gunnar Andersson (Zebra), et iThor, portage sous iOS du non moins célèbre programme de Sylvain Quin (Thor), qui vaillent d’être installés, dès l’instant qu’on attend d’une appli qu’elle assure un peu plus que le service minimum. Ces deux applis proposent à la fois un puissant moteur de jeu (adapté au débutant comme au joueur confirmé) et des fonctions d’analyse intéressantes. J’ajoute à cette short list iReversi* (sous iOS), qui n’est pas le plus mauvais dans la catégorie des serveurs de jeu en ligne, et s’appuie sur une interface simple et réactive (la version payante dite « pro » n’est pas indispensable). Il permet en outre d’accéder aux excellentes vidéos d’apprentissage et de perfectionnement de David Beck (en anglais).

Les autres applications d’Othello/Reversi ? Toutes bonnes à jeter, ou presque.
Mais il se trouve que je viens de dénicher une appli assez improbable dont la particularité est de proposer des parties à l’aveugle (blindfold en anglais) ! Il s’agit de Blindfold Reversi.

C’est bien la première fois que je tombe sur un programme proposant un mode « blindfold ». Fallait y penser.
Voilà qui promet d’être amusant, encore que, amusant, ça dépend pour qui… car il n’est pas donné à tout le monde de pouvoir jouer à l’aveugle, et il est peu probable que cette appli fasse des adeptes en dehors du cercle restreint des types un peu perchés qui aiment se faire (très) mal au bulbe…
Au demeurant, Blindfold Reversi propose deux modes de jeu plus classiques : le mode « one player » qui permet de jouer contre le programme intégré, lequel est manifestement dépourvu de fonction d’évaluation et joue complètement au hasard ; et le mode « two player » qui comme son nom l’indique permet d’affronter un pote, sa mère ou toute autre personne du genre humain. Mais c’est bien évidemment le mode « blindfold » dont il sera question ici.

Rappelons tout d’abord qu’une partie à l’aveugle, c’est lorsqu’un joueur joue sans voir le plateau de jeu (soit qu’il a les yeux bandés, soit qu’il est dos à la table de jeu…). Il se représente donc mentalement la partie. Il annonce à voix haute le coup de son choix, et l’arbitre de la rencontre lui annonce en retour celui joué par son adversaire.
Certains maîtres sont capables de jouer de cette façon contre plusieurs personnes à la fois, on parle alors de « simultanée à l’aveugle ». D’aucuns en ont fait leur spécialité : l’an dernier, le joueur d’Échecs Marc Lang a affronté simultanément 46 joueurs à l’aveugle ! (C’est purement monstrueux !) Ne concédant que deux défaites, et faisant tomber au passage le record de Miguel Najdorf qui datait de 1947.

Pour illustration, voici le court extrait d’un documentaire où l’on voit Magnus Carlsen affronter une dizaine de joueurs à l’aveugle (Mozart of Chess: Magnus Carlsen, 60 Minutes, CBS News).

Si les parties simultanées à l’aveugle relèvent de la performance, il arrive que des grands maîtres s’affrontent à l’aveugle lors de tournois réguliers.

Le tournoi d’Échecs d’Amber qui se déroulait chaque année depuis vingt ans sur la French Riviera et dont la dernière édition s’est tenue en 2011 à Monte-Carlo, était à cet égard un de mes tournois préférés (en tant que follower, s’entend). C’était un tournoi très spectaculaire, de par son casting d’abord, parce qu’il réunissait douze des meilleurs joueurs mondiaux, mais aussi de par son format, parce que chaque ronde consistait en deux parties rapides, dont une à l’aveugle !
Sur la photo ci-contre, Alexander Grischuk est opposé à Hikaru Nakamura. Il regarde l’échiquier numérique sur lequel il y a… queude, si ce n’est des cases vides. En effet, les joueurs jouent avec la souris comme si de rien n’était mais les pièces n’existent physiquement que dans leur esprit. Une fois un coup joué, la transcription du déplacement s’affiche dans une petite fenêtre sur l’écran de l’adversaire (par exemple, Cxd4 pour Cavalier prend d4) et disparaît sitôt le coup suivant validé.

Soit dit entre parenthèses, il est techniquement plus difficile de jouer une partie d’Othello à l’aveugle qu’une partie d’Échecs. Il y a au moins deux raisons à cela.
Premièrement, aux Échecs, le déplacement d’une pièce n’a pas d’incidence sur la position des autres pièces de l’échiquier, sauf dans le cas d’une prise puisqu’une pièce disparaît nécessairement du jeu. La mécanique des déplacements est relativement simple, chaque pièce reste à sa place jusqu’à ce qu’elle soit déplacée. À Othello, chaque coup entraîne le retournement d’un certain nombre de pions, ces derniers changent alors de couleur et la physionomie du jeu s’en trouve modifiée. Le joueur d’Othello à l’aveugle est donc contraint de mémoriser les coups joués mais aussi les changements qui en résultent ailleurs sur l’othellier. (Ce qui rend chaud tendu le calcul anticipé des séquences de jeu.)
Deuxièmement, les Échecs tendent vers une simplification de la position : plus on joue et moins il y a de pièces sur l’échiquier et par conséquent moins d’efforts de mémoire à produire. À la différence d’Othello qui est un jeu de remplissage : plus on joue et plus il y a de pions sur le plateau, et donc d’informations à retenir…

Revenons à notre appli, Blindfold Reversi.

L’écran d’accueil est assez austère (cf. screenshot de gauche. Je passe sur l’esthétique, perso j’accroche pas mais ce n’est pas le sujet, this is not the point dirait Walter Sobchak 😀 ) : on peut sélectionner le mode de jeu (parmi les trois évoqués plus haut), accéder à une page d’instructions (toute pourrie) et au panneau des options, enfin, il est possible de lancer une partie.
Les options sont limitées (cf. screenshot de droite) : la première est purement cosmétique puisqu’elle permet de changer la couleur de l’othellier, la deuxième permet de désactiver les effets sonores, enfin une option permet de montrer les coups légaux, ce qui, nous le verrons, revêt une importance particulière en mode « blindfold ».

Sélectionnons sans plus attendre le mode « blindfold » (option « show hints » active).

Ça commence mal (cf. screenshot de gauche), la position de départ n’est pas conforme à l’usage, elle est inversée (normalement les pions noirs sont en d5 et e4), et ce sont les blancs qui commencent au lieu des noirs. Au fond, ça ne change pas grand-chose (à ceci près que la parité est elle aussi inversée), mais c’est quand même un peu déroutant quand on est habitué à la position originale.
Voyons maintenant ce qui se passe lorsqu’on joue. Si Blanc joue le premier coup en c4 (cf. screenshot du milieu), le pion posé reste visible, il matérialise ainsi le dernier coup joué (qui en l’occurrence est aussi le premier de la partie) mais, plus étonnant, le pion qui a été retourné (en d4) est lui aussi visible !
De la même façon, lorsque Noir répond en e3 (cf. screenshot de droite), les pions qui étaient visibles précédemment (c4 et d4) ne le sont plus, et à présent e3 (dernier coup joué) et e4 (pion retourné par e3) sont visibles. À noter que l’option « show hints » étant active, des marques indiquent au joueur Blanc les différentes cases où il a désormais la possibilité de jouer et, de fait, le renseigne partiellement sur la position des pions blancs.
Je m’attendais à ce que seul le dernier coup joué apparaisse, au sens de « la dernière case sur laquelle un pion a été posé ». Mais la façon dont l’auteur présente ici les choses n’est finalement pas si déconnante, car il est vrai que, au sens propre, un coup ne se résume pas à poser un pion sur une case : le retournement des pions fait partie intégrante du coup. Autrement dit, le dernier coup joué est formé par le pion posé ET les pions retournés consécutivement à la pose du pion. Il peut donc sembler logique de les rendre visibles.
Reste que le fait de montrer les pions retournés facilite (quelque peu) la tâche au joueur à l’aveugle…

Voici deux exemples de position. La première (cf. screenshot de gauche), option « show hints » activée, après la séquence c4e3 f4c3 d3g3 f3d2 e2d6 b3g2 (je rappelle que dans cette appli la position de départ est inversée et que ce sont les blancs qui commencent). La deuxième (cf. screenshot de droite), option « show hints » désactivée, après la séquence c4c5 d6e7 d7c3 e6d8 c6f4 b5b6 b4b7 c7f7.
Dans un cas, les marques permettent de deviner la forme générale de la position et on peut se faire une idée de l’emplacement de certains pions blancs ; dans l’autre, tout se passe dans la tête.

Plutôt sceptique au départ, j’ai en définitive été séduit par cette formule de jeu à l’aveugle. Ça fait bien longtemps que j’avais pas eu l’occase de faire de telles parties (je crois que ça remonte au lycée !) et, contrairement au vélo, j’ai réalisé que c’est une habileté qui se perd…
De ce point de vue, l’option « show hints » n’est pas un luxe et permet une transition progressive vers le vrai jeu à l’aveugle (i.e. sans indication des coups possibles).
Le seul truc que je déplore à posteriori c’est que le programme joue comme une brêle et qu’il ne présente aucun intérêt stratégique, il faut donc le prendre pour ce qu’il reste, un bon outil d’entraînement pour jouer des parties à l’aveugle, développer ses capacités de calcul et de mémorisation.

[EDIT du 14/09/12]
*Le serveur iReversi est down depuis début août 2012. L’auteur ne donne pas de nouvelles, ça sent donc le sapin pour cette appli. Internet est métastasé par l’obsolescence…

5 commentaires »

« La chance est ce qui arrive quand la préparation rencontre l’opportunité. »
Doyle Brunson

La quatrième étape des LSOP (saison 2) s’est tenue chez moué et a réuni la crème de la crème.
Disons-le sans ambages, j’ai rarement vu autant de brêles au mètre carré. Y’avait un putain de level 😀
Et que des couillus !
Céline nous a fait l’honneur de sa présence mais quand elle a vu qui s’alignait sur le line up elle a pouffé de rire et s’est dit qu’elle perdrait moins son temps à parler chiffons et potins avec la boulette, laquelle est vaccinée depuis longtemps déjà contre nos joutes en carton.

Nous nous doutions que la partie commencerait tard sachant que Cyril n’arriverait pas avant 21h de Paris où il avait passé la semaine, et qu’il devrait faire un saut chez lui pour dire bonjour et au-revoir à sa femme… J’ai déjà eu l’occasion de le dire : on ne badine pas avec les LSOP.
Heureusement nous avions de quoi nous sustenter en attendant sa seigneurie, j’avais notamment prévu un assortiment de sushis et de makis pour changer des traditionnelles pizzas et autres quiches. Bon accueil. J’en connais un qui léchait même les assiettes.
Tandis que certains jaspinaient dans le salon et sur la terrasse, d’autres se challengeaient dans les toilettes, plus précisément (s’agirait pas que vous imaginiez des choses) devant le poster de Twin-it. À ce propos je tiens à vous annoncer qu’elle m’a donné du fil à retordre mais que je l’ai enfin trouvée… la cinquième et dernière paire ! Je commençais à perdre espoir, j’ai fait des sessions de plus d’une heure aux chiottes à bloquer sur l’affiche, je finissais par ne plus savoir si j’avais fait mon affaire ou pas, même l’odeur avait le temps de se dissiper, obligé de vérifier (atroce). Il m’arrivait de penser que cette foutue cinquième paire n’existait pas, que l’auteur avait poussé le vice pour nous rendre fous ; j’avais noté sur le site de Tric Trac que la durée indicative de ce jeu était de 9999999 min., ce qui corroborait plus ou moins la thèse d’une cinquième paire fictive… Je me trompais.

J’y pense : on pourrait faire un Twin-it avec les planches-contacts de Riton, le but serait de trouver deux photos identiques, ou bien deux photos où un type a exactement la même expression :-)

Accéder au dossier des rushes (49 fichiers) © HEG

Fin de la récré.
Après trois mois de règne sans partage, Benito était clairement l’homme à abattre. À peine était-il arrivé qu’il préparait déjà le terrain, comme s’il sentait que le vent allait tourner : « j’annonce, je suis pas trop dans le mood donc je vais jouer loose… » Genre on le voit pas venir 😀
N’empêche, ça a failli marcher, notamment lorsqu’il m’a suivi à tapis préflop avec Q10 alors que j’avais JJ (Tom aussi est entré dans le coup mais je ne me souviens plus de sa main), il m’a lancé un truc du style : « ce soir je suis détendu, j’ai envie de conjurer définitivement le sort, et pour te montrer que je suis détendu je vais suivre ton tapis avec une main qu’en temps normal je coucherais… » Évidemment, ce bâtard a touché sa paire de dames. Et Tom et moi de passer par la case recave. À ce moment-là j’ai réalisé que la soirée allait être longue…
Le truc c’est que Benito se doutait que j’avais une meilleure main que lui, la sienne n’était pas dégueulasse mais il savait que j’étais devant. Nous étions toujours dans l’heure de rebuy et il a tenté le coup, il a vu une opportunité de doubler son tapis (et plus encore quand Tom a collé) et de prendre le lead, au pire il lui restait la possibilité de recaver. Finalement c’était un risque calculé. Et puis, gagner un gros coup en montrant ses burnes, genre « je sais que t’as du lourd mais je viens quand même », psychologiquement ça laisse des traces. D’ailleurs, plus tard dans la partie, je coucherai une deuxième paire de valets sur une de ses relances alors que je n’avais pas de raison objective de le faire…
Mais la roue tourne, les verres de Haut-Médoc aussi, et ce qui doit finir par arriver arrive.
Benito ne sera toutefois pas le premier à sortir, il passera lui aussi par la case recave. The Brain et Le Prof seront défaits en même temps, après 1h30 de jeu. Tom les rejoindra quelques minutes plus tard et il faudra attendre la 150e minute pour que Riton lâche à son tour (je l’ai un peu aidé :-D).

On retrouve donc dans le carré final Cyril et Mat d’un côté, qui thésaurisent l’essentiel des jetons depuis le début de la partie, Alex et moi de l’autre, avec des stacks à la limite du seuil minimum de survie, qui ne serions pas contre l’idée d’un meilleur partage des richesses.
Dans ces circonstances, la stratégie du poker rejoint les théories de Darwin : les gros cherchent à manger les petits pour assurer leur place en head’s up ; les petits se font discrets et misent sur un éventuel malentendu pour que les gros aillent à tapis l’un contre l’autre.
Alex et moi rêvions secrètement d’un face à face qui aurait eu des airs de revanche après le duel que nous avions livré un mois plus tôt, au Macumba Club (duel dont Alex était sorti gagnant), mais les probabilités pour qu’un tel scénario se réalise étaient aussi fines que du papier à cigarette.

Vient le moment où Alex fait tapis sur ma grosse blind (Cyril et Mat ont passé). Je n’ai plus beaucoup de cartouches, deux ou trois tours de blinds à tout casser. J’ai une main spéculative pas trop dégueu à ce stade de la partie (J10 flush si mes souvenirs sont bons). Je décide d’y aller. Alex a queude (nous étions côte à côte, difficile de lire son jeu à priori), il avait fait pression sur moi pour voler les blinds. En off il m’avouera être plutôt satisfait de son résultat, rapport aux cartes de merde qu’il a touchées toute la soirée…

La partie se poursuit donc dans une triangulaire synonyme pour moi de baroud d’honneur. Mais l’impensable se produit : un fight entre gros. Fight qui profite à Mat. Et me voilà en finale.
C’est donc une autre revanche qui m’attend, celle du head’s up que Mat avait (facilement) remporté au Club Vendetta lors de la saison 1 des LSOP. Et Mat de m’annoncer tout de suite la couleur : il ne va rien lâcher (sic).
Les blinds atteignent rapidement des niveaux indécents (1k/2k) mais aucun de nous ne parvient à creuser l’écart, on se rend coup pour coup. Une guerre psychologique s’installe et nous entraîne dans un combat inhabituellement long (le head’s up aura duré près de 45 minutes !). J’aurai finalement le dernier mot, mais il s’en fallait d’un rien pour que Mat l’emporte.
C’était le septième et de loin le plus disputé des head’s up qu’il m’ait été donné de jouer depuis le début des LSOP.
J’ai peur d’y prendre goût 😉

Remerciements d’usage à tous les joueurs et non joueurs présents au Claque (clin d’œil à François qui nous a fait l’amitié de passer la deuxième partie de soirée avec nous).
Merki Riton pour les photos. Merki Benito pour le support logistique. Merki à ceux qui ont permis à la boulette de ne pas rester sur la touche après le départ de Céline, vous avez marqué des points :-)

14 commentaires »

1983, le touche-à-tout Bruno Fumard (voilà un nom qui claque !), aka Jessé Garon’, se fait connaître avec un titre qui ne tardera pas à devenir culte : C’est lundi.

Et devinez quoi, aujourd’hui c’est lundi 😀

Énorme.
Si vous voulez mon avis, ce morceau ne ferait pas tâche dans la BO d’un film de Tarantino. Sans déconner.

2 commentaires »

« L’ennui prépare l’émerveillement, comme on déploie une nappe blanche sur la table, les jours de fête. »
Extrait de Ressusciter, Christian Bobin

Alex m’a fait comprendre, sur le ton de la déconnade, que ça le saoulait de se pointer sur le blog pour y trouver walou (enfin il ne l’a pas dit tout à fait comme ça) et que ça lui ferait gagner du temps de recevoir une notification par mail chaque fois qu’un nouvel article est posté.
Certes.
Dans le même ordre d’idées, il m’a conseillé de mettre en place un système de suivi pour les commentaires, sachant que certains commentaires peuvent apparaître longtemps après la publication d’un article et qu’il est alors impossible de s’en rendre compte, sauf à se palucher régulièrement l’intégralité des billets.
C’est pas faux.

Évidemment, des solutions existent. Le web 2.0 propose tout un arsenal technologique pour enrichir l’expérience utilisateur, la rendre plus intuitive, plus immédiate, plus facile en somme, mais la question se pose de savoir si c’est vraiment leur rendre service… aux utilisateurs.
Ça se discute.

Je ne remets pas en cause l’intérêt des suggestions d’Alex dont vous verrez que j’ai fait bon usage (je le remercie au passage pour ses tuyaux !). C’est juste qu’en travaillant à la mise en place de ces nouveaux dispositifs, j’ai senti qu’il y avait un danger à (trop vouloir) creuser le sillon des trucs qui rendent à priori la vie plus facile aux gens. Ce n’est pas tant un problème d’ergonomie qu’une question de philosophie (ouais, j’ai tendance à tricoter).
Les choses seraient sans doute différentes si j’avais un site commercial dont la monétisation s’appuierait sur la nécessaire adéquation entre les services qu’il propose d’une part et les besoins exprimés par l’utilisateur d’autre part. Mais le fait est qu’on parle ici d’un blog dont la principale ligne de conduite est… de ne pas en avoir. Un blog dont la principale audience (la seule ?) est à chercher du côté des potes, voire des potes des potes (je mets à part les quelques lecteurs anonymes, qui à Sao Paulo, qui à Berne, qui à Hong Kong, qui à Zurich… dont la fidélité ne laisse pas de me surprendre et de m’amuser).

Mettons que je modifie le système (c’est le cas depuis hier, en fait) et observons les changements de posture que cela implique :
[Auparavant] le visiteur se rend sur le blog pour savoir s’il y a un truc nouveau à se mettre sous la dent.
[Désormais] le visiteur peut, s’il le décide, attendre qu’un pigeon voyageur sorte du cul de sa messagerie électronique et l’informe automatiquement des dernières publications.

Dans le premier cas, le visiteur ne sait pas à quoi s’attendre, sans doute espère-t-il secrètement tomber sur un nouvel article, entre deux voyages à vide, sans jamais savoir ce qui se trame en coulisse… se trame-t-il quelque chose d’ailleurs, ou bien le blog est-il en proie à une nouvelle crise d’arythmie éditoriale ? Peut-être s’en inquiète-t-il.
À tout prendre, il pourrait être tenté de relire un article (il paraît que la grille de lecture change selon l’heure ou l’humeur du moment), ou d’en lire un plus ancien qu’il n’avait pas pris le temps de lire…

Dans le deuxième cas, rien. Le visiteur n’a plus besoin de se soucier du blog puisqu’un service automatisé s’en soucie à sa place. Il n’y pense même plus, il l’oublie… Poupart ? C’est qui ce gueux ?
Comme pour les anniversaires, il peut compter sur des putains de notifications. Il ne va plus sur le blog quand il en a envie, il y va quand sa bécane lui dit d’y aller. Aussi immanquablement que pour le nouvel an sa bécane l’incitera à envoyer un message formaté à ses huit milliards d’amis Facebook. (S’il fallait envoyer des cartes manuscrites et personnalisées, ce nombre deviendrait vite… encombrant.)

Bon, je force le trait (tout est une question de mesure, comme souvent), mais l’idée est là.
Je me souviens des (pas si) sombres heures du monde d’avant, celles où on était obligé d’attendre des plombes le pote qui nous avait filé rencard devant Virgin et dont on savait qu’il finirait par arriver, du moins s’accrochait-on à cette idée… faute de téléphone portable (aujourd’hui, qui attendrait plus de dix minutes sans mettre en branle tout son attirail de geek ?).
Je me souviens du temps où l’on connaissait les numéros de téléphone par cœur ; j’allais encore à la bibliothèque ; les gamins savaient leurs tables de multiplication…

La technologie n’en finit plus de raccourcir les distances, de faire à notre place, de penser à notre place, de nous imposer son rythme ; nous avons basculé dans la culture du tout, tout de suite : tout doit être immédiatement accessible, immédiatement compréhensible, immédiatement oubliable (faut pouvoir passer à autre chose, ne pas s’appesantir)… Au point que même le langage en pâtit. Les émoticônes mettent des émotions là où nous ne sommes plus capables de trouver les mots justes, là où l’ambiguïté, le double-sens et l’oxymore n’ont plus droit de cité… Trop long à décrypter, trop anxiogène.

Internet est à la fois incroyablement grisant et effroyablement pervers.
J’ai une addiction au net comme d’autres dépendent de la clope. J’admire les gens qui résistent à la tentation de ce monstrueux trou noir, à ceux qui souscrivent encore pleinement au flux de la vie, un flux de chair et de sang…
Ils sont hélas de plus en plus nombreux à se désabonner.

Si un module de réseautage social apparaît un jour sur ce blog, alors cela voudra dire que j’ai franchi la ligne blanche.
Je vous autorise à mettre votre poing dans ma gueule. Rendu à certaines extrémités, c’est un peu radical mais c’est encore la technologie la plus efficace pour rendre service à un ami.
Ça ou dix séances de rééducation fonctionnelle du bulbe (ne jamais sous-estimer l’efficacité des médecines douces, dixit ma daronne, enfin c’est surtout que ça fera moins mal… des fois que quelqu’un me prendrait au mot !).

Tout ce blah blah pour dire que j’ai une nouvelle fois cédé aux sirènes du prêt-à-consommer technologique : vous remarquerez le module de souscription aux mises à jour du blog en bas à droite, dans la barre de menu. De la même façon, une case à cocher permet de s’abonner aux commentaires sur un billet donné.
Heureusement, certaines mises à jour résisteront toujours aux systèmes de gestion des flux, ainsi la bannière de la page « À propos » qui donne un aperçu de la dernière étape des LSOP (et qui s’affiche aléatoirement sur la page d’accueil du blog, mais il est pas certain que vous l’ayez déjà vue…).
Et l’on pourra encore découvrir, ici ou là, un œuf de Pâques qui était bien caché.

8 commentaires »

moi:  t’es sur quoi Riton ?
call me bob ?
youporn ?
Envoyé jeudi à 15:45

moi:  la laverie peut-être…
Envoyé jeudi à 15:50

moi:  ou un gros caca
allez savoir
Envoyé jeudi à 15:54

henry:  yep
retour de caca
je suis sur le brief de l’agence
moi:  tu dois faire quoi déjà ?
Envoyé jeudi à 15:58

henry:  je t’ai fait suivre le mail
Envoyé jeudi à 16:00

moi:  c’est bon ça
t’es dans les temps ?
henry:  oui mais c’est rush…
moi:  courage moussaillon !
Envoyé jeudi à 16:03

moi:  tiens bon la barre Riton !
l’avenir appartient aux braves !
et aux Avengers !
Envoyé jeudi à 16:44

moi:  et toi et moi nous SOMMES des Avengers !!!
Envoyé jeudi à 16:52

moi:  mais je vois que ça te laisse froid.
connard.
Envoyé jeudi à 17:07

4 commentaires »

L’autre jour, en faisant ma balade quotidienne sur le site de Poupart, je tombe sur cette bassesse là.
Au début je me suis dit cool, des astuces sur le dépiautage des œufs. Ce truc ne cadre pas vraiment avec la ligne éditoriale du blog qui est plutôt axée sur le retrogaming et l’art de la biffle, ça m’a un peu surpris mais bon, j’avais aucune raison d’y voir l’œuvre du malin. Par moments Poupart est un peu fleur bleue, tout le monde le sait.
Sauf que j’ai la chance d’avoir un cerveau surdéveloppé, genre j’arrive à faire des liens entre les choses (comme David Caruso dans Les Experts : Miami), et j’ai fini par trouver l’anguille. Ce post, c’est ni plus ni moins qu’un message subliminal, une sorte d’allégorie, rapport à mon pseudo Heg qui dans les esprits mal tournés devient « egg », et ce putain d’œuf c’est moi ! Je vois clair dans leur jeu. Ils cherchent à niquer mes pouvoirs, à extraire ma créativité de sa coquille et à l’exploiter sans vergogne sur ce site…

Et Alex qui en rajoute dans les commentaires… Ils veulent ma peau c’est sûr ! J’ai cru que mon Benito prendrait ma défense avec un post salvateur, mais non. Alors j’annonce : aux soirées poker je vais raser les murs, trop peur de finir démembré dans les chiottes.

Les Bobs envahissent Poupart.org ! Et ils vont foutre la zone !
Vivent les Bobs !

5 commentaires »

Le taux de réussite n’est pas encore au rendez-vous (c’est rien de le dire) mais on ne désespère pas de battre Steve Nash au nombre de lancers francs marqués en une minute.
Comme vous le verrez, on s’entraîne dur.

[ télécharger la vidéo ]
MP4 env. 41Mo

Euh, je me rends compte que j’ai monté cette vidéo à la va comme j’te pousse, du coup j’ai oublié les crédits qui vont bien : il fallait reconnaître Le Professeur (qui plante un dunk tomahawk à la T-Dub !), The Brain (qu’on appelle « The Chief » en référence à son style Robert Parish dans la raquette), Goujon (un transfuge de la team Bordeaux Thiers), et votre serviteur (qui tente accessoirement de perdre sa brioche avant de convoler en justes noces).

La zic c’est Get Da Funk Out Ma’ Face (1976) des Brothers Johnson, et la vidéo sort d’un Kodak Zx5.

4 commentaires »

« Ce qui nous obsède, c’est l’esthétique du réel, l’image plus vraie qu’en vrai. Notre plus grand bonheur, ce serait qu’en croisant Auteuil dans la rue, les gens lui demandent comment va son boulot à la COGIP. » Nicolas & Bruno


Avec Message à caractère informatif et la COGIP (la société fictive qui sert de canevas à leurs détournements humoristiques), Nicolas & Bruno dynamitent le management et la culture d’entreprise.
Attention, leurs sketches peuvent provoquer chez certains sujets un méchant claquage des zygomatiques (l’abri antinucléaire, la série des Berthier…), j’en sais quelque chose, et ça ne m’empêche pas de replonger à chaque fois. C’est un concept absurdement risible et totalement inusable.

P.S. @ Mike : tu souscris à la thèse de départ ? Pikachu plus fort que Salamèche ? 😀

Un commentaire »

Petit jeu découvert à Cannes il y a deux ans avec Riton, Twin it  ! est un excellent mix entre Où est Charlie ? et un jeu de mémoire associatif. À ceci près que dans les jeux de paires les plus courants (souvent des jeux de cartes), les motifs, formes ou images à associer ne sont généralement pas visibles : à leur tour de jeu, les joueurs découvrent deux cartes et essaient de se souvenir si des cartes identiques ont déjà été révélées pour, le cas échéant, retrouver leur emplacement et « gagner » les paires ainsi formées.
Rien de tel avec Twin it ! vu que ce dernier se matérialise par une simple affiche. Toutes les paires sont là, sous nos yeux, forcément. Il suffit de regarder (si possible avec discernement et… zénitude :-D).

On pourrait penser que la durée de vie de ce jeu est très courte mais en pratique on a plus vite fait de se claquer le cerveau tant on se perd dans cette multiplicité de motifs plus ou moins approchants, les rappels de couleurs ajoutant aux impressions de déjà-vu et autres effets de rémanence. Force est de reconnaître que c’est bien foutu et graphiquement réussi.
Il ne s’agit pas pour autant d’accorder à ce jeu plus de prétention qu’il n’en a, Twin it ! reste un petit jeu passe-temps, il assume d’ailleurs pleinement cette dimension puisqu’il dit de lui-même qu’il convient aux lieux d’attente, d’ennui et de contemplation. Raison pour laquelle mon exemplaire de Twin it ! a pris place sur la porte des chiottes.
Pour le moment j’ai trouvé trois paires, sachant que je m’interdis d’en chercher en dehors des heures où je décide de libérer Mike Tyson. Euh… pour être franc j’ai dérogé à cette règle une fois ou deux parce que j’avais peur que la boulette trouve une nouvelle paire avant moi. Ça rend fou ce truc.

Un mot sur l’auteur, Thomas Vuarchex, qui n’est autre que le coauteur de Jungle Speed, un party game qu’on ne présente plus et qui confirme le goût de ce graphiste de formation pour les associations de formes et de couleurs. Riton et moi l’avons rencontré en 2010 à Cannes, dans le cadre du festival international des jeux. À l’époque il n’avait pas encore trouvé d’éditeur pour Twin it ! et c’est tout à fait par hasard, en traînant du côté de Jeux Descartes à Bordeaux, samedi dernier, que nous sommes tombés sur la version commerciale du jeu, éditée en partenariat avec Cocktail Games et Ystari.

J’ai appris sur la page internet de l’histoire du jeu* que l’auteur avait pondu une première version sous le nom de HomoGrafikus (image ci-contre, attention il n’y a qu’une paire), et que cette dernière avait été publiée dans le journal Berlinois Ätzeterra en mars 1994.
Un dessin fait main qui avait déjà la cohérence et les qualités graphiques qu’on retrouve dans ce nouvel « amoncellement de patates » qu’est Twin it !, la couleur en moins.

Petit coup de cœur pour ce poster casse-tête, donc, même si le passage en caisse m’a un peu refroidi. Douze euros et quelque pour une affiche, je trouve ça un poil exagéré. Je ne cherche pas à dévaluer le travail de l’auteur (ce serait en contradiction avec tout ce que j’ai dit précédemment), je dis simplement qu’un produit de cette nature devrait être accessible au plus grand nombre et qu’un prix de lancement fixé autour de sept ou huit euros aurait non seulement  permis de conserver des marges satisfaisantes (on ne me fera pas croire que le coût de revient de ce jeu est énorme) mais aussi assuré un volume de ventes plus important, ce qui au final n’aurait fait de tort à personne.

Ce vendredi soir, quatrième étape des LSOP chez moué. Si vous allez aux chiottes pour la petite commission, pensez à vous asseoir sur le trône… sinon vous aurez l’affiche dans le dos 😀

*Non, vous ne rêvez pas, c’est bien moi qui apparaît sur la photo en bas de la page avec la casquette (j’étais le premier surpris).

4 commentaires »

New-York, 1994, PCA/Intel Rapid Chess Grand Prix.
Viswanathan Anand (2720) et Ilia Smirin (2615) s’affrontent dans un blitz de départage pour une place en quart de finale.
Ils se lancent dans une variante Steinitz de la défense Petrov (genre je m’y connais) mais Anand semble bugger au coup 4 !
Il se met à réfléchir profondément, impassible derrière ses lunettes vintage à grands carreaux, semblant oublier qu’il ne dispose que de… cinq minutes pour toute la partie !

La pendule tourne et à chaque seconde les commentateurs s’interrogent un peu plus sur ce qui se passe dans la tête d’Anand, d’autant qu’à ce stade de la partie les joueurs sont encore dans une ligne d’ouverture on ne peut plus classique.
Bientôt une minute et trente secondes que le silence radio s’est installé sur l’échiquier, Maurice Ashley (un des deux commentateurs) entre alors en mode unbelievable ! Maurice Ashley, c’est un peu le George Eddy des Échecs, pour lui les Échecs ne sont pas le jeu de réflexion rasoir, élitiste et prise de tête qu’on se plaît à décrire, il voit les Échecs comme un véritable sport et n’hésite pas à en faire la promotion tel un produit de divertissement accessible au plus grand nombre. Se lancer dans une combinaison avec sacrifice de pièce, c’est comme tenter un alley-oop sur une défense de zone : nous sommes au spectacle ! Et l’enthousiasme qu’il met dans ses commentaires nous le fait bien sentir. J’adore.

Ah… j’allais oublier : Anand gagne bien sûr 😀


[EDIT du 17/04/12]
Notez que la caméra utilise un objectif à décentrement, ce qui permet de voir l’échiquier sans effet de perspective.
C’est plutôt malin.

2 commentaires »