« Ma mère est très poilue. Je me souviens qu’elle devait s’épiler tous les deux jours. Alors, je récupérais les poils et j’en faisais des extensions afro pour Barbie… » Charlie Le Mindu

Bon, il faut que je dise un mot de Charlie. Charlie Le Mindu.

Charlie - Photo: (c) Sud-OuestJ’ai rencontré Charlie il y a environ six ou sept ans, il devait avoir seize, dix-sept ans, pas plus.
À l’époque je sortais avec un fille qui créchait du côté de la gare, rue Charles Domercq. C’était un appart bordelais style XVIIIe défraîchi, cheminée (condamnée, œuf course), moulures au plafond et parquet en chêne. Spacieux mais chérot. Aussi était-elle en coloc avec sa sœur et un jeune gay au style improbable débarqué de son Bergerac natal : Charlie.

Ce p’tit gars m’avait tout de suite plu (entendons-nous) de par sa spontanéité, son énergie, sa créativité, on aurait dit qu’il ne s’interdisait rien (ce qui pouvait être un sujet de préoccupation et d’inquiétude, notamment lorsqu’il sortait la nuit et ramenait à l’appart des partenaires sexuels douteux…). Chacune des tenues qu’il arborait constituait un attentat à la pudeur et une rupture, que dis-je, une hérésie, vis-à-vis des tendances mode « bien dans leur temps ». Perso ça me faisait marrer (la mode c’est pas vraiment ma tasse de thé), et j’aimais cet esprit libertaire, vagabond, exalté, loin des pauvres contingences de la vie ordinaire.
Je me disais qu’un jour Charlie devrait faire face à des réalités plus prosaïques et que ça lui coûterait, qu’il devrait au mieux renoncer à une partie de lui-même, au pire y laisser son âme.
Comme je me trompais ! À croire que j’avais projeté sur lui mes propres insuffisances, tout ce qui chez moi demeure à l’état de velléité, d’inspiration molle, mon manque de couilles, autrement dit.

Vint le jour où EDF coupa le chauffage et sonna du même coup le glas de la colocation.
Les filles prendraient chacune leur appart, c’était convenu, et Charlie prendrait le train destination Berlin, sans une thune, avec sur un bout de papier l’adresse approximative de ce qui ressemblait à un squat pour artistes marginaux… On avait pas fini de se faire de la bile.

Les années ont passé, je n’ai plus eu de nouvelles.
Lorsqu’il m’arrivait de me remémorer cette époque, il était pas rare que je me demande en moi-même : « Et Charlie, où peut-il bien être aujourd’hui ? Pourvu qu’il ne lui soit rien arrivé de mal… »
Jusqu’à ce qu’un jour le père Benito m’envoie un texto : « Tu te souviens le coloc de Yahel ? Allume ta TV et mets Canal, tu vas halluciner, je crois que c’est lui, c’est Charlie putain, il coiffe Lady Gaga ! »
Il avait grossi, il avait l’air un peu plus barré (ou était-ce un rôle) mais c’était bien lui, c’était Charlie, présenté comme un avant-gardiste de la haute coiffure ! Il avait un salon à Londres, organisait des défilés, coiffait Lady Gaga… C’était surréaliste !

J’ai découvert son site web http://www.charlielemindu.com/ (qui vaut le détour ne serait-ce que pour la vidéo d’introduction), et ses productions, qui en disent long sur l’inventivité du gamin.

Je ne sais pas ce que ça fait d’avoir été à l’école avec un futur prix Nobel, un astronaute ou qui sais-je encore, en revanche je crois que de toutes les personnes qu’il m’ait été donné de connaître dans ma vie, Charlie est celle qui a eu la trajectoire la plus invraisemblable, la plus explosive, la plus colorée.

Chapeau l’artiste ! Je suis encore sur le cul.

À lire, cet article de Sud-Ouest (auquel j’ai emprunté la photo et la citation en en-tête de ce billet) qui résume le parcours atypique de Charlie.

2 commentaires sur “Où est Charlie ?”
  1. Dominique dit :

    Belle histoire en tout cas !

  2. Majdouline dit :

    Et ouais pareil… Il a fait son bout de chemin et est devenu le chouchou de Lady Gaga !! Le truc improbable !!!

  3.  
Je commente, je flatte, je tacle...