Le 35e championnat du monde d’Othello s’est ouvert hier soir à New York. Les parties les plus crunchy sont retransmises en léger différé sur le site Live Othello Games (merci Manu pour cet excellent service !) ; une webcam permet de se faire une idée du décor et de l’ambiance forcément barbante studieuse qui règne dans la salle du Hilton où se dispute le tournoi. Si seulement des filles en mode bikini, gloss et Chupa Chups (dans la famille Hilton je demande la pute), annonçaient les rounds comme lors des matchs de boxe, et que Johnatan Becker troquait ses discours de ministrable contre des prêches enflammés et des effets d’annonce à la Don King… je dis pas (ça pourrait être drôle), mais une webcam pour un tournoi d’Othello, fondamentalement, c’est aussi sexy qu’une caméra de sécurité à La Poste. Big Brother is watching you ! Sauf qu’il n’y a rien à voir… 😀
Remarquez, je suis un peu mauvaise langue car il m’arrive de mater de temps en temps pour savoir si une ronde est sur le point de démarrer (pas évident avec le décalage horaire), et puis il arrive aussi que des types craquent devant la caméra, un peu à la façon de Trevor, ce gamin de douze ans qui a fait le buzz (l’expression est tendance) en se trémoussant devant des webcams dans des boutiques Apple aux États-Unis.

Tout ça pour dire que c’est parti pour trois jours de retournements intensifs de pions, avec quelques-uns des meilleurs joueurs de la planète, et que ça me rend jouasse. Je dis « quelques-uns » car cette année il manque à l’appel deux trois pointures, et pas des moindres, à commencer par le double champion du monde sortant, le Japonais Yusuke Takanashi, qui n’est pas parvenu à se qualifier. Faut dire que le Japon recèle quelques dizaines de diamants bruts qui ne demandent qu’à être taillés pour le titre mondial, et qu’au vu des forces d’opposition locales (je peux en témoigner, je me suis fait doser par de jeunes pousses lors de la Rinkai Challenge Cup de Shinagawa, il y a trois semaines à Tokyo) il est particulièrement tendu de se qualifier dans l’équipe nationale, laquelle se compose traditionnellement de trois hommes et d’une femme (car il existe depuis 2005 un titre féminin. Cherchez l’erreur).
Ce qui n’a pas empêché Yusuke de montrer sa ganache à la télé et de faire un peu de prosélytisme (avec l’aide de Tetsuya Nakajima, Grand Maître charismatique de la scène othellistique japonaise). Ça se passait le 26 septembre dernier, enfin je crois, dans un show TV monté à la sauce manga : grosses exclamations, boîte à rires, titrages fluos, la totale quoi. Effet Lost in Translation garanti. J’adore.

J’entrave à peu près que dalle à ce qui se dit, je constate simplement que Yusuke explose un type en lui filant par avance quatre coins et deux bords entiers ! C’est un peu comme si on vous demandait de surfer Teahupoo nose ride avec une porte en contreplaqué à peine dégrossie. Bref, ça colle du lourd.

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Mon quarté pour le titre 2011 : Imre Leader (le sacre, enfin), Kazuki Okamoto (un Jap sinon rien), Matthias Berg (parce qu’il le vaut bien) et Arnaud Delaunay (bah ouais, quand même).
Rendez-vous dans deux jours.

[EDIT du 06/11/11]
Mon pronostic était à chier : Imre a fini dans les choux (19e/54), dans le sillage d’Arnaud (17e) qui a fait une belle remontée après un début de tournoi malchanceux. Matthias quant à lui a bien terminé dans le dernier carré, il y a également un Jap mais je me suis trompé de casaque (Okamoto finit 5e, atroce, je ne touche même pas le 2 sur 4 !).

À l’issue du système suisse les Japonais finissent dans un mouchoir de poche, aux 4, 5 et 6e places, et s’emparent du titre mondial par équipes avec quatre longueurs d’avance sur la Thaïlande.
Sur un plan comptable, ces sept dernières années, les Japs sont invaincus par équipes et n’ont concédé qu’un titre individuel (en 2008 l’Italien Borassi l’emportait 2-1 en finale contre Miyaoka). Le début des années 2000 semblait pourtant avoir marqué un tournant : nous pensions que les Américains Brian Rose, Ben Seeley et le globe-trotter David Shaman avaient mis fin à une domination nippone vieille de plus de 20 ans, et inversé durablement les rapports de force. Que nenni, nos amis du soleil levant ont remis les pendules à l’heure, notamment depuis le retour aux affaires du Hall of Fame Hideshi Tamenori qui a décroché deux nouveaux titres, en 2005 et 2006 (pour un total de 7 titres en 8 participations !).

La bonne surprise de ce mondial est incontestablement venue d’Arthur Juigner qui score 7,5 points et se hisse à la 15e place du haut de ses… neuf ans et demi ! Bluffant. Premier Français au classement, on se prend déjà à rêver d’un futur titre et d’un record de précocité. Le dernier titre français remonte à 1992 (Marc Tastet, champion du monde à Barcelone). Quant au record de précocité, à ma connaissance il est détenu par un autre Français, Paul Ralle, qui a remporté le titre en 84 à Melbourne, il avait 16 ans.

[EDIT du 07/11/11]
À propos du plus jeune champion du monde, Marc Tastet me souflle que, selon lui : « c’est Tanida (14 ans en 1982). Il a joué aussi cette année, mais n’avait pas joué entre-temps (un record : 29 ans). »
Merci Marc pour ces précisions.

2 commentaires sur “Othello et prosélytisme made in Japan”
  1. Dom dit :

    C’est tout bonnement excellent !! Où as-tu trouvé ça ?
    Ça donne envie en tout cas… Allez encore qqs mois à attendre !
    Riton t’es des nôtres ?
    Et on les fait ces t-shirts ?

  2. Frank Poupart dit :

    C’est Nakajima qui me l’a filé lorsque j’étais à Shinagawa. J’ai kiffé.
    Il faut que je gratte un truc sur le tournoi… c’était surréaliste.

  3.  
Je commente, je flatte, je tacle...