« You see in this world there’s two kinds of people, my friend. Those with loaded guns, and those who dig. You dig. »
Blondie, The Good, the Bad and the Ugly

Amateur de cinéma depuis mon âge le plus tendre, j’ai longtemps été dupe.
Je croyais ce que je voyais, ou j’avais très envie d’y croire (c’est une magie qui opère parfois encore aujourd’hui, et je m’en réjouis car c’est le signe que l’enfant que j’ai été n’est pas tout à fait reclus, désillusionné), mais surtout je croyais ce que j’entendais. Et il faut se rappeler qu’à l’époque (dans les eighties) les films en versions orginales sous-titrées ne sont pas légion, les chaînes thématiques comme Arte n’existent pas et les seuls films proposés en VOST sont diffusés à pas d’heure (les classiques de Fellini, Kazan, Tourneur, Vidor, Walsh etc. passent dans l’émission Cinéma de minuit diffusée sur FR3 et présentée par Patrick Brion dont j’achèterai plus tard les livres). Une heure bien trop tardive pour un gamin de mon âge.
Pendant longtemps donc, Clint Eastwood a eu pour moi la voix de Jacques Deschamps, son doubleur dans la trilogie du dollar.
Au point que j’ai été passablement troublé, pour ne pas dire franchement déçu, lorsqu’il m’a été donné de pouvoir acheter mes premières VHS sous-titrées et d’entendre la voix originale de Clint, comme si cela altérait ma mémoire et le souvenir de scènes mythiques que j’avais vécues au son d’une autre voix, une voix avec laquelle j’avais grandi et qui était celle du Clint que je connaissais.
Sans compter que le son mono d’origine n’avait pas la même résonnance que dans les versions doublées où les voix étaient plus en avant (à noter qu’il devient maxi tendu de se procurer des films dans leur mono d’origine tant les éditeurs s’empressent de tout remasteriser en multicanal, contre toute raison et contre toute logique mais pour ajouter à leur argu de vente. Faut dire que c’est pas les pigeons qui manquent… à quand une fausse version 3D de The Good, the Bad and the Ugly ?).

Bref, tout ça pour dire que le passage à la VO a été un vrai petit bouleversement dans ma vie de cinéphile.
Un mal pour un bien j’ai envie de dire.

Loin de moi l’idée que la voix natruelle d’Eastwood est nase, j’ai « appris » à l’aimer, et je suis aujourd’hui un inconditionnel des versions originales. Les voix des acteurs sont uniques et indissociables de leur jeu ; une fois acquis à cette idée, à ce lien indéfectible, il me sera plus possible de faire machine arrière. L’autre soir ils passaient We Own the Night à la téloche, sur le moment je me suis dit « cool, pour une fois qu’on nous sert pas une daube… » mais dès les premières secondes j’ai cru que j’allais clamser, en un mot : atroce. Obligé de sortir la version Blu-ray et de passer en VOST.
Le doublage revêt pour moi une forme d’hérésie et devrait être réservé aux analphabètes et aux malvoyants.
Vous viendrait-il à l’idée de doubler un chanteur au prétexte qu’il ne s’exprime pas en français ? À l’évidence non.

Ce n’est sans doute pas un hasard si certains pays n’utilisent pas le doublage, c’est une question d’éducation et de culture (les films étrangers ne sont pas doublés au Portugal, en Grèce, en Turquie, en Suède, en Finlande et dans bien d’autres pays… ils sont sous-titrés).

À la fin des années 90, l’arrivée du DVD a permis de faire évoluer les mentalités, car il devenait alors possible de laisser au spectateur le choix de la langue et des sous-titres appliqués à un film. Une petite révolution.
Curieusement, le téléchargement illégal favorise aussi la promotion des versions originales en ceci que, pour voir un film ou une série avant l’heure, les gens n’ont d’autre choix que de les regarder en VOST (les versions doublées n’existant pas encore).
Enfin, les ciné-clubs et autres cinémas de quartier ne sont plus les seuls dépositaires de la distribution de films en VO, certaines grandes enseignes comme l’UGC promeuvent de plus en plus les versions originales. Signe que les temps changent et que nous sortons progressivement de notre franchouillardise.

Les plus réfractaires/conservateurs diront : « Ouais mais c’est chiant de lire… » (Je souligne le côté spécieux de cet argument car en général au bout de cinq minutes on oublie qu’on est en train de lire… à moins que le film soit à chier, naturellement.) Je leur réponds que si on me donnait le choix entre suivre des cours intensifs d’anglais ou voir The Big Lebowski en VF, je prendrais les cours d’anglais, dussé-je y passer des mois.

Reste que, affectivement, il y a un avant et un après VO, et qu’il m’est très pénible de revoir la trilogie du dollar en VO sachant que je l’ai découverte en VF, tandis que, dans le même temps, voir un film récent en VF m’insupporte…
C’est donc dans sa version doublée – la version de mon enfance – que je vous propose l’extrait suivant.


Avouez que la voix de Jacques Deschamps déchire tout ! 😀

Libre à vous de voir dans cet extrait un message subliminal (ou pas) en vue de la cinquième étape des LSOP qui se déroulera ce samedi soir chez Benito.
Et pour se mettre dans l’ambiance, je ne résiste pas à la tentation de vous proposer le thème principal du film dans sa version non dépoussiérée de 1966. Morricone + Leone = inoxydable.

2 commentaires sur “Le monde se divise en deux catégories”
  1. Benito dit :

    On est bien dans l’ambiance LSOP « Saloon » (j’espère que tout les loosers joueront le jeu).
    NB : une tête y est mise à prix… la tête du « winner » ! Le goudron et les plumes pour le 2ième !

  2. Alex dit :

    Très bon article pour un débat que je mène depuis aussi longtemps que toi, Clint 😉
    Rien à dire de plus sinon que bien sûr, je vais mener ma quête pour trouver le Poupart devant moi demain, et le défier !!!
    Qui dégainera alors le plus vite ???

  3.  
Je commente, je flatte, je tacle...