« La meilleure façon de tuer un artiste est sûrement de lui donner tout ce dont il a besoin. » Henry Miller

Heureusement, Riton, aka HEG, n’a jamais besoin de rien.
Quoique ce soit contraire aux lois de la nature, son cerveau est constamment en effervescence.
Et si un jour il avait vraiment que dalle, nada, genre une météorite a désintégré la Terre, y’a plus rien ni personne sauf Riton, m’est avis qu’il trouverait encore le moyen de faire du Giacometti avec son propre caca.

Vous pensez que j’exagère ? À peine. Au fond, vous méprisez les artistes. Les super-pouvoirs de Riton vous insupportent parce que vous êtes des larves, imbues et congestionnées.

Parfois, Riton débarque à mon bureau, fiévreux, un filet de bave le suit comme la traîne d’une mariée, limite en transe, comme s’il n’avait pas dormi depuis quatre jours et que des extra-terrestres menaçaient d’envahir la Terre : « Boss ! boss ! » S’avance-t-il, l’œil hagard, manquant de s’entraver dans une chaise et de renverser quelqu’un.
– Boss ! Il faut que tu me croies, dis que tu me crois, dis-le… Putain t’es où, boss ?
– Euh, je suis là Riton, en face de toi… Riton, ça va ?
– Dis-le putain que tu me crois !  Dis-le ou je te jure que je te fume sale fils de chien ! J’en ai besoiiiin, dis-leeee aaaarrrrgh…
– Riton, Riton, Riton ! (Je vois qu’il tente de se planter un crayon dans l’oeil, je l’en empêche.)
– C’est bon, respire, je te crois, tu m’entends ? Je te crois. Assieds-toi et essaie de te détendre. Reste calme et force.
Et Riton de me raconter en long, en large et surtout en travers ce qui lui est arrivé. Je dis « ce qui lui est arrivé » parce que quand Riton explique régurgite une idée qu’il a eue entre deux crises d’insomnie, vous avez vraiment l’impression qu’un illuminé est entré dans son corps et qu’il s’y sent comme un hamster dans sa roue. Votre première réaction serait de décrocher le téléphone rouge : « Sécurité ! »
À tout prendre, Riton me fait parfois penser à Paul Hackett dans l’excellent et méconnu After Hours, de Martin Scorsese, au moment où il tente d’expliquer à un quidam les trucs improbables qui lui arrivent.

[SLVideoPlayer file=After_Hours.wmv,width = 320,height = 176,shownavigation = false,image=after_hours.jpg, bufferlength = 5 /]

Sauf que Riton, c’est pas l’invraisemblance des choses qui le panique, c’est la démesure de ses propres idées.
Soit que ces dernières sont trop dispersées : l’une croquée sur un coin de table, l’autre à moitié raturée dans son Moleskine, la plupart en bordel dans sa tête, avec la peur viscérale d’en perdre en route ou de ne plus trouver les connexions nerveuses qui lui permettent de les maintenir entre elles ; soit qu’elles procèdent de l’utopie pure ou cabalistique.
– Riton, le prends pas mal mais tu sais que ce tu veux faire, en admettant que ce soit faisable, ça doit coûter des milliards ?
– Ah merde… (Riton retrouve un niveau de pressurisation humainement supportable, comme si on venait de lui faire une ponction lombaire.)
– Mais c’est cool, je te paie un café.

N’empêche, faut pas croire, HEG, il est pas toujours sous emphét’. La plupart du temps c’est un mec adorable qui donne sans compter, même ce qu’il n’a pas. Ouais mon pote, respect. Avec ça t’as le bon goût de savoir dessiner, et t’es pas non plus manchot avec un appareil photo. Pour preuve, ce shoot de Nanou (c’est la frangine de Riton). Appréciez l’élégance du déséquilibre provoqué par la ligne d’horizon (comme si l’anneau de feu l’entraînait dans son tournoiement) et le contrepoids donné par la verticalité du cadrage. Cerise sur le gâteau, la lune répond comme un écho à la scène de light painting et déchire les nuages à la lisière des arbres (si vous ne faites pas la différence entre les arbres et le ciel, c’est pas les noirs qui sont bouchés, c’est vos écrans qui sont mal calibrés). Une bien belle image.
C’est quand que tu nous fais un book, Riton ?

Pour finir, ça n’aura pas échappé à votre sagacité : j’avais prévu de développer une thèse selon laquelle Joe l’Indien aurait été enlevé par les FARC (oui, j’aime le mélange des genres), mais je me suis ravisé.
Reste le titre, qui semble tout droit sorti des phases finales d’un tournoi de Kamoulox. J’avais rien d’autre en magasin.

2 commentaires sur “Joe l’Indien a été enlevé par les FARC”
  1. Heg dit :

    Voilà. Il est 08h11, je viens de prendre mon premier appel téléphonique de la journée. La partie la moins créative de ma vie.
    Bon j’ai honte. J’ai honte chef. Ça fait un mois et demi que cet article de fou est en ligne et que j’ai pas pris 5 min pour te faire un coup de lèche…
    Que te dire… Ben déjà, c’est relou qu’un Monsieur comme toi soit pas critique dans un magazine d’art urbain new-yorkais contemporain sur le caca, bordel !!
    Je serais multimillionnaire, j’irais faire des photos de light painting sur les plages de Bora-Bora avec des mannequins anorexiques, m’envoyant des rails de coke entre leurs cuisses osseuses ! Bon ok… je me calme. Tout ça pour te dire que tu me manques là, que j’attends avec impatience ton retour. Et qu’il me tarde de voir toute l’inspiration que tu vas me ramener ! Bise patron.

  2. Heg dit :

    Ah oui…. j’ai oublié de noter à quel point je suis touché par tes mots, mais ça… je pense que tu t’en doutes !

  3.  
Je commente, je flatte, je tacle...