Deuxième fournée pour Éric Chevillard qui, non content d’être un bon romancier, confirme ses talents de diariste*.

Cohérent avec lui-même, l’auteur annonce sur son blog :
« Parution aujourd’hui aux éditions l’Arbre vengeur du second volume de ce journal (septembre 2008-septembre 2009) sous le titre L’Autofictif voit une loutre et suppression simultanée quoique subséquente des archives correspondantes en ligne. C’est la règle. Elle est implacable (mais juste, me semble-t-il). »

Lu récemment, à la même adresse :

« J’écoute dans le train deux étudiantes toutes fraîches qui sont, je le comprends, en première année de sociologie. Elles ont une vivacité, un débit, des façons de parler et des manières de fillettes encore, mais elles évoquent les grandes questions de leur cours, les grands noms de la discipline. J’entends Durkheim, positivisme, Max Weber. On dirait deux enfants qui profitent de l’absence de leur mère pour essayer ses robes et son rouge à lèvres. »

« Chevillard à la librairie feint de chercher un livre de Chessex ou de Cholodenko dans les rayons. »

Ce week-end, je file chez Mollat m’offrir ce deuxième volume, il aura sa place dans mes chiottes.
Dit comme ça, on pourrait penser que je fais bien peu de cas de cet auteur, mais cela procède d’une idée reçue. Comme si nous choisissions toujours des ouvrages inconsistants pour nous accompagner dans l’épreuve freudienne et solitaire qui nous attend sur le trône. Pour mon propre usage, et au-delà de l’admiration que j’ai pour Chevillard, je trouve le format de son journal idéal. Je suis infoutu de lire L’autofictif d’un seul trait, j’aime me sentir libre de le feuilleter au jour le jour, comme un éphéméride. Comprenez que si je commence à lire Douglas Kennedy ou Haruki Murakami, il faut que j’avale a minima un chapitre (pas moyen de m’arracher à ce genre de lecture), ce qui me prend en général plus de temps qu’il ne m’en faut pour mener ma petite affaire. Il est en effet rare que je passe plus de dix minutes aux chiottes, à moins de choper un lumbago en plein effort. Or donc, le format court et invariable de L’autofictif (trois paragraphes jetés sur le papier chaque jour, pas plus, pas moins) convient parfaitement à ce moment d’introspection qui est tout aussi court et invariable.

*Ce néologisme me semble plus opportun que le lourd et vieillot « auteur de journal intime », et je bloque un peu sur le terme « blogueur » qui à mon sens s’arrête à la frontière du numérique et ne peut pas s’appliquer à l’auteur d’un livre, quand bien même le contenu de ce dernier serait tiré in extenso de la blogosphère. Diariste a l’avantage de la simplicité et de la polyvalence.

2 commentaires sur “L’autofictif voit une loutre”
  1. Mannick dit :

    Une chaise, un lit, un canapé, un fauteuil, une balançoire, un train, une voiture, une serviette, un bus, un bar, un banc, un bureau… J’sais pas moi, y’a quand même plein d’endroits pour bouquiner !!

    T’as lu le premier du sieur Chevillard ??

  2. Frank Poupart dit :

    Nein ! Au rayon des romans, juste lu La Nébuleuse du crabe (pas vraiment un roman, en fait) et Le Vaillant petit tailleur (où Chevillard se réapproprie le conte des frères Grimm).

  3.  
Je commente, je flatte, je tacle...