Il y a quelques jours, Phil la marmotte a annoncé l’arrivée du printemps.
Comme chaque année, des milliers de journalistes ont couvert cet évènement pour le moins chelou que Bill Murray a contribué à rendre sympathique dans un film dont tout le monde se souvient, Groundhog Day (plus connu en France sous le nom de Un jour sans fin).

Au même moment, dans une indifférence quasi totale, la boulette annonçait l’ouverture imminente de son blog mode.
J’avais bien essayé de l’en dissuader, quelques mois plus tôt, en lui expliquant les contraintes auxquelles elle devrait faire face, les difficultés à faire tourner un blog, à le maintenir. J’avais bien évidemment appuyé sur les trucs qui font mal, remettant en cause jusqu’au sens de sa démarche, y avait-elle seulement réfléchi ? savait-elle vraiment ce qu’elle voulait ? quelle mouche avait bien pu la piquer à la fin pour qu’elle cède à pareille lubie ? Ne pouvait-elle pas simplement continuer à s’occuper de moi, me faire à manger, me faire couler le bain, me faire l’amour quatre fois par jour, remplir son devoir conjugal quoi, c’est pourtant pas sorcier merde… après j’ai un trou, comme si j’étais tombé dans les vapes… en fait je crois que j’ai pris une manchette, ou un crochet c’est pas clair, c’est venu de la gauche en tout cas. Je me souviens que j’étais allongé sur le ventre, j’avais un goût de sang dans la bouche, j’ai touché mes gencives et au même moment j’en senti une douleur atroce dans le dos : elle venait de me tomber dessus coude en avant façon Hulk Hogan. Ça m’a coupé la chique, et la respiration aussi sec, j’avais encore du mal à réaliser ce qui se passait, j’avais sans doute dit une connerie mais n’empêche, la boulette était en train de me coller une branlée ! C’t’hallu putain ! D’où elle envoie du lourd comme ça la brindille ? Aussi, quand j’ai senti qu’elle tentait d’enfoncer ses phalanges dans mes yeux je me suis dit que ça partait en sucette, qu’il était temps de réagir, j’ai tapé trois fois par terre pour lui signifier ma reddition.
Après quoi elle s’est fermée comme une huître pendant deux semaines.
Obligé de préparer moi-même ma popote, de faire couler mon propre bain, de me faire… enfin bref, mauvaise passe.

Et puis un jour aussi gris que les autres, elle s’est pointée devant moi et m’a tendu un carnet sur lequel elle avait griffonné tout plein de trucs. De loin on aurait dit le plan d’un cuirassé allemand, le Bismarck ou un bouzin dans le genre. En fait pas du tout. Elle avait mûrement réfléchi son affaire et avait couché noir sur blanc tous les trucs qui faisaient que son projet était viable, qu’elle y tenait et qu’elle se sentait de s’y investir. C’était pas une profession de foi notez, mais un truc avec des idées précises, une sorte de cahier des charges avec tous les détails nécessaires à la mise en œuvre de son blog. Il y avait bien quelques blancs sur la partie technique mais elle comptait aussi sur moi pour mettre la main à la pâte. En fin de compte elle me proposait un truc à quatre mains : elle gèrerait le fond, moi la forme. Mes marges de manœuvre seraient minces. J’appliquerais ses directives à la lettre. Elle avait le regard perçant, ses mains tremblaient légèrement, j’ai passé ma langue sur mes gencives et je lui ai dit : « Mais bien sûr mon poussin  ! ».

Et nous y sommes : influences-shibuyette.fr
Et c’est bientôt le printemps.
Et je suis fier de ma boulette (même si en vrai c’est moi le chef).

Un commentaire sur “Une boulette peut en cacher une autre”
  1. Pascal dit :

    Excellent !

  2.  
Je commente, je flatte, je tacle...