Archives pour la catégorie “Othello”

Le marché des applis pour smartphones et autres tablettes numériques est en pleine effervescence. Chaque jour de nouvelles applis font leur apparition et chargent un peu plus les linéaires virtuels d’une offre déjà pléthorique, anarchiquement, le pire côtoyant le meilleur, la merde se mêlant au jasmin, bien malin dans ces conditions celui qui arrive à séparer le bon grain de l’ivraie.
C’est le cas, par exemple, des programmes d’Othello/Reversi. Il en existe plusieurs dizaines, mais les bons programmes se comptent en réalité sur les doigts d’une main.
Pour faire court, à l’heure actuelle, il n’y a guère que DroidZebra, portage sous Android du célèbre programme de Gunnar Andersson (Zebra), et iThor, portage sous iOS du non moins célèbre programme de Sylvain Quin (Thor), qui vaillent d’être installés, dès l’instant qu’on attend d’une appli qu’elle assure un peu plus que le service minimum. Ces deux applis proposent à la fois un puissant moteur de jeu (adapté au débutant comme au joueur confirmé) et des fonctions d’analyse intéressantes. J’ajoute à cette short list iReversi* (sous iOS), qui n’est pas le plus mauvais dans la catégorie des serveurs de jeu en ligne, et s’appuie sur une interface simple et réactive (la version payante dite « pro » n’est pas indispensable). Il permet en outre d’accéder aux excellentes vidéos d’apprentissage et de perfectionnement de David Beck (en anglais).

Les autres applications d’Othello/Reversi ? Toutes bonnes à jeter, ou presque.
Mais il se trouve que je viens de dénicher une appli assez improbable dont la particularité est de proposer des parties à l’aveugle (blindfold en anglais) ! Il s’agit de Blindfold Reversi.

C’est bien la première fois que je tombe sur un programme proposant un mode « blindfold ». Fallait y penser.
Voilà qui promet d’être amusant, encore que, amusant, ça dépend pour qui… car il n’est pas donné à tout le monde de pouvoir jouer à l’aveugle, et il est peu probable que cette appli fasse des adeptes en dehors du cercle restreint des types un peu perchés qui aiment se faire (très) mal au bulbe…
Au demeurant, Blindfold Reversi propose deux modes de jeu plus classiques : le mode « one player » qui permet de jouer contre le programme intégré, lequel est manifestement dépourvu de fonction d’évaluation et joue complètement au hasard ; et le mode « two player » qui comme son nom l’indique permet d’affronter un pote, sa mère ou toute autre personne du genre humain. Mais c’est bien évidemment le mode « blindfold » dont il sera question ici.

Rappelons tout d’abord qu’une partie à l’aveugle, c’est lorsqu’un joueur joue sans voir le plateau de jeu (soit qu’il a les yeux bandés, soit qu’il est dos à la table de jeu…). Il se représente donc mentalement la partie. Il annonce à voix haute le coup de son choix, et l’arbitre de la rencontre lui annonce en retour celui joué par son adversaire.
Certains maîtres sont capables de jouer de cette façon contre plusieurs personnes à la fois, on parle alors de « simultanée à l’aveugle ». D’aucuns en ont fait leur spécialité : l’an dernier, le joueur d’Échecs Marc Lang a affronté simultanément 46 joueurs à l’aveugle ! (C’est purement monstrueux !) Ne concédant que deux défaites, et faisant tomber au passage le record de Miguel Najdorf qui datait de 1947.

Pour illustration, voici le court extrait d’un documentaire où l’on voit Magnus Carlsen affronter une dizaine de joueurs à l’aveugle (Mozart of Chess: Magnus Carlsen, 60 Minutes, CBS News).

Si les parties simultanées à l’aveugle relèvent de la performance, il arrive que des grands maîtres s’affrontent à l’aveugle lors de tournois réguliers.

Le tournoi d’Échecs d’Amber qui se déroulait chaque année depuis vingt ans sur la French Riviera et dont la dernière édition s’est tenue en 2011 à Monte-Carlo, était à cet égard un de mes tournois préférés (en tant que follower, s’entend). C’était un tournoi très spectaculaire, de par son casting d’abord, parce qu’il réunissait douze des meilleurs joueurs mondiaux, mais aussi de par son format, parce que chaque ronde consistait en deux parties rapides, dont une à l’aveugle !
Sur la photo ci-contre, Alexander Grischuk est opposé à Hikaru Nakamura. Il regarde l’échiquier numérique sur lequel il y a… queude, si ce n’est des cases vides. En effet, les joueurs jouent avec la souris comme si de rien n’était mais les pièces n’existent physiquement que dans leur esprit. Une fois un coup joué, la transcription du déplacement s’affiche dans une petite fenêtre sur l’écran de l’adversaire (par exemple, Cxd4 pour Cavalier prend d4) et disparaît sitôt le coup suivant validé.

Soit dit entre parenthèses, il est techniquement plus difficile de jouer une partie d’Othello à l’aveugle qu’une partie d’Échecs. Il y a au moins deux raisons à cela.
Premièrement, aux Échecs, le déplacement d’une pièce n’a pas d’incidence sur la position des autres pièces de l’échiquier, sauf dans le cas d’une prise puisqu’une pièce disparaît nécessairement du jeu. La mécanique des déplacements est relativement simple, chaque pièce reste à sa place jusqu’à ce qu’elle soit déplacée. À Othello, chaque coup entraîne le retournement d’un certain nombre de pions, ces derniers changent alors de couleur et la physionomie du jeu s’en trouve modifiée. Le joueur d’Othello à l’aveugle est donc contraint de mémoriser les coups joués mais aussi les changements qui en résultent ailleurs sur l’othellier. (Ce qui rend chaud tendu le calcul anticipé des séquences de jeu.)
Deuxièmement, les Échecs tendent vers une simplification de la position : plus on joue et moins il y a de pièces sur l’échiquier et par conséquent moins d’efforts de mémoire à produire. À la différence d’Othello qui est un jeu de remplissage : plus on joue et plus il y a de pions sur le plateau, et donc d’informations à retenir…

Revenons à notre appli, Blindfold Reversi.

L’écran d’accueil est assez austère (cf. screenshot de gauche. Je passe sur l’esthétique, perso j’accroche pas mais ce n’est pas le sujet, this is not the point dirait Walter Sobchak 😀 ) : on peut sélectionner le mode de jeu (parmi les trois évoqués plus haut), accéder à une page d’instructions (toute pourrie) et au panneau des options, enfin, il est possible de lancer une partie.
Les options sont limitées (cf. screenshot de droite) : la première est purement cosmétique puisqu’elle permet de changer la couleur de l’othellier, la deuxième permet de désactiver les effets sonores, enfin une option permet de montrer les coups légaux, ce qui, nous le verrons, revêt une importance particulière en mode « blindfold ».

Sélectionnons sans plus attendre le mode « blindfold » (option « show hints » active).

Ça commence mal (cf. screenshot de gauche), la position de départ n’est pas conforme à l’usage, elle est inversée (normalement les pions noirs sont en d5 et e4), et ce sont les blancs qui commencent au lieu des noirs. Au fond, ça ne change pas grand-chose (à ceci près que la parité est elle aussi inversée), mais c’est quand même un peu déroutant quand on est habitué à la position originale.
Voyons maintenant ce qui se passe lorsqu’on joue. Si Blanc joue le premier coup en c4 (cf. screenshot du milieu), le pion posé reste visible, il matérialise ainsi le dernier coup joué (qui en l’occurrence est aussi le premier de la partie) mais, plus étonnant, le pion qui a été retourné (en d4) est lui aussi visible !
De la même façon, lorsque Noir répond en e3 (cf. screenshot de droite), les pions qui étaient visibles précédemment (c4 et d4) ne le sont plus, et à présent e3 (dernier coup joué) et e4 (pion retourné par e3) sont visibles. À noter que l’option « show hints » étant active, des marques indiquent au joueur Blanc les différentes cases où il a désormais la possibilité de jouer et, de fait, le renseigne partiellement sur la position des pions blancs.
Je m’attendais à ce que seul le dernier coup joué apparaisse, au sens de « la dernière case sur laquelle un pion a été posé ». Mais la façon dont l’auteur présente ici les choses n’est finalement pas si déconnante, car il est vrai que, au sens propre, un coup ne se résume pas à poser un pion sur une case : le retournement des pions fait partie intégrante du coup. Autrement dit, le dernier coup joué est formé par le pion posé ET les pions retournés consécutivement à la pose du pion. Il peut donc sembler logique de les rendre visibles.
Reste que le fait de montrer les pions retournés facilite (quelque peu) la tâche au joueur à l’aveugle…

Voici deux exemples de position. La première (cf. screenshot de gauche), option « show hints » activée, après la séquence c4e3 f4c3 d3g3 f3d2 e2d6 b3g2 (je rappelle que dans cette appli la position de départ est inversée et que ce sont les blancs qui commencent). La deuxième (cf. screenshot de droite), option « show hints » désactivée, après la séquence c4c5 d6e7 d7c3 e6d8 c6f4 b5b6 b4b7 c7f7.
Dans un cas, les marques permettent de deviner la forme générale de la position et on peut se faire une idée de l’emplacement de certains pions blancs ; dans l’autre, tout se passe dans la tête.

Plutôt sceptique au départ, j’ai en définitive été séduit par cette formule de jeu à l’aveugle. Ça fait bien longtemps que j’avais pas eu l’occase de faire de telles parties (je crois que ça remonte au lycée !) et, contrairement au vélo, j’ai réalisé que c’est une habileté qui se perd…
De ce point de vue, l’option « show hints » n’est pas un luxe et permet une transition progressive vers le vrai jeu à l’aveugle (i.e. sans indication des coups possibles).
Le seul truc que je déplore à posteriori c’est que le programme joue comme une brêle et qu’il ne présente aucun intérêt stratégique, il faut donc le prendre pour ce qu’il reste, un bon outil d’entraînement pour jouer des parties à l’aveugle, développer ses capacités de calcul et de mémorisation.

[EDIT du 14/09/12]
*Le serveur iReversi est down depuis début août 2012. L’auteur ne donne pas de nouvelles, ça sent donc le sapin pour cette appli. Internet est métastasé par l’obsolescence…

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Un de mes profs disait : « la Philo, c’est un cercle. On y entre à pieds joints ou on reste à la marge. » Cette formule colle assez bien à l’idée que je me fais de Tokyo. Cet endroit est tellement ailleurs, tellement insolite, qu’il faut y entrer sans réserve, accepter de se perdre et même de désapprendre, pour finalement s’y sentir bien.

Octobre dernier, de passage dans la « capitale de l’est », l’idée me vient de participer à un tournoi d’Othello.
Je mentirais si je disais que j’y avais pas déjà un peu (beaucoup) pensé, mais je m’étais fixé une ligne de conduite, j’avais décidé de sortir de ma bulle, de passer un max de temps avec ma boulette. Tant de choses à faire, tant de trucs à voir…

Il ne m’avait toutefois pas échappé que notre planning comportait quelques blancs. L’idée pouvait donc faire son chemin… et l’occasion ferait peut-être le larron. Soit dit entre nous, Tokyo c’est un peu La Mecque du jeu d’Othello… comment résister ? Vous en connaissez beaucoup des surfeurs qui se pointent à Hawaï pour chercher des girolles dans les bois ?
Discrétos, je fais donc un petit tour sur le site de la fédé japonaise d’Othello : imbitable. Je le passe à la moulinette du traducteur Google : pas mieux  (il doit manquer la mention bêta quelque part :-D).
Me vient alors une nouvelle idée (ouais, mes neurones fonctionnent en dual channel) : je fais part de la situation à Takuji, un pote othelliste parfaitement bilingue. Takuji me répond qu’un tournoi est en effet prévu dans les jours qui viennent, il me donne l’adresse mail de l’organisateur et me file l’URL d’un plan pour m’aider à trouver le lieu ad hoc. Royal. J’écris aussi sec à l’hôte du tournoi qui n’est autre que Tetsuya Nakajima, une des étoiles nippones du pion biface (8e Dan). Peine perdue (je pue ou bien ?). Bah, je me débrouillerai tout seul. J’ai un plan, après tout.

Et ce fameux plan, le voici :
Euh… encore des idéogrammes, c’est quoi c’t’embrouille ? Atroce.
Je reprends le message de Takuji et note les mots clés : « Rinkai Challenge Cup », « samedi après-midi », « Shinagawa ». Sans conviction, je retourne sur le site de la fédé japonaise, clique à tout-va comme un gros benêt, et tombe finalement sur la page d’annonce du tournoi. Dans cette dernière, un lien renvoie vers ce qui semble être la page de présentation du centre culturel de Yashio Plaza (le lieu du tournoi à Shinagawa), il y a aussi des infos sur les différents moyens de s’y rendre, c’est pas hyper compréhensible mais c’est toujours bon à prendre. Et puis il y a des photos, ça peut aider.
Sur ces entrefaites, j’annonce officiellement à la boulette qu’on va tracer à Shinagawa et qu’il nous faudra prendre un bus, le genre où rien n’est traduit (y’a pas plus phobique pour des touristes qui ne maîtrisent pas la langue de Murakami). Même pas peur. Bah ouais, elle est comme ça la boulette.

Et nous y sommes, le souffle court, mais nous y sommes (je passe sur les détails de notre itinéraire façon Pékin Express, il faudrait que j’écrive un bouquin). Plus précisément, c’est en voyant ça que j’ai su que nous y étions.

Nous entrons, une trentaine de têtes brunes se tournent instantanément vers nous, interloquées, comme si le temps s’était arrêté et que quelqu’un avait coupé le son. Effet Lost in Translation. Des touristes à Tokyo par les temps qui courent, c’est déjà chelou (les étrangers pensent qu’ils vont mourir ou qu’un troisième bras va leur pousser), mais un Français et sa copine dans un trou de taupe à Shinagawa, ça dépasse l’entendement.
J’aperçois dans le fond Tetsuya et me dirige vers lui. Je me présente, lui explique la raison de notre présence, lui rappelle que nous nous étions déjà rencontrés en 2006 à Mito, il hoche la tête l’air de dire « oui mais non », il me présente sa femme, elle va prendre mon inscription (1500¥, un peu moins de 15€) mais il faut choisir une catégorie, ah bon ? Bah ouais, au Japon c’est pas la fête du slip, tu peux pas te frotter aux gros tendus direct, il y a des règles. Il a besoin de connaître mon classement. Le problème c’est que le système d’évaluation européen (sorte de Elo) est différent de celui utilisé au Japon (échelle de Kyu et Dan) et qu’il n’y a pas vraiment d’équivalence. On me laisse donc le choix : Débutant, Intermédiaire ou Pro. Euh… je ne conçois pas de jouer en « Débutant », même si je sais que le niveau moyen des Japonais est sensiblement plus élevé qu’en occident et que j’ai quelques réserves sur ce qu’ils appellent ici un « débutant »… D’un autre côté, si je choisis la catégorie « Pro » j’ai peur de passer pour un type qui pète plus haut que son cul ; je doute que tous les joueurs soient de la trempe de Nakajima mais le risque existe que je perde toutes mes parties (atroce)… En fin de compte, Tetsuya me propose d’intégrer la catégorie « Intermédiaire » ; j’accepte respectueusement.

Tetsuya fait un discours d’ouverture en brandissant des papiers et en désignant des trucs sur un tableau. Je devine qu’il explique le déroulement du tournoi, je fais donc semblant d’acquiescer lorsqu’il regarde dans ma direction.
À un moment donné, il nous montre du doigt, à la boulette et moi, puis me fait un signe de la main, comme s’il fallait que je me lève… mais j’étais déjà debout. Je rentre alors la tête dans les épaules comme pour dire « euh… quoi ? », il s’approche et me glisse à l’oreille : « please, say something. »
Je me tourne vers l’assistance qui me regarde fixement, dans un silence quasi monastique ; je me dis qu’ils ne kiffent peut-être pas mon tee-shirt Nintendo « Jesus saves after he passes each level »… Passons. Petit discours poli dans un anglais approximatif (ça fait un bail que j’ai pas révisé mes verbes irréguliers), pour la forme donc, vu que la plupart d’entre eux ne pipent pas un mot d’anglais (véridique).

Les choses sérieuses vont pouvoir commencer.
On m’explique un dernier truc : au Japon, il n’y a pas de partie nulle. On procède à un toss avant de commencer la partie ; celui qui gagne le toss peut soit choisir la couleur avec laquelle il va jouer, soit choisir la nulle, comprenez : en cas de partie nulle (32-32), c’est lui qui l’emporte. C’est chelou mais c’est la règle maison, faudra faire avec.
C’est parti pour six rondes de 2×20 minutes.

Mon premier adversaire s’appelle Mitsuaki Takigawa (photo ci-contre). Il a une bonne cartouche.
J’aborde cette partie dans le brouillard le plus total et j’attends des premiers coups qu’ils me renseignent sur le niveau moyen de cette catégorie. Le toss m’est favorable. Comme je n’ai pas de préférence entre l’une et l’autre des couleurs, je prends la nulle. Mitsuaki choisit les noirs et me surprend dès le coup 7 sur une ouverture « Campagnarde collée » (c4c3 d3c5 b3e3) avec f3. C’est un début que je me rappelle pas avoir jamais joué en tournoi. Quatre réponses me semblent envisageables : c2, d2, e2 ou f2, mais je retiens bien évidemment la pire d’entre elles, à savoir e2 (qui ne payait pourtant pas de mine). Dès la réponse de Noir en f6 je comprends qu’il eût mieux valu jouer c2 (c’est précisément ce que je suis en train de me dire sur la photo : « C’est atroce ce qui m’arrive, je suis déjà dans la mouise… »).
Quelques coups plus tard, il m’apparaîtra clairement que Takigawa n’était pas venu pour beurrer les toasts. J’aurai beau essayer de compliquer la partie en feignant des arnaques ici ou là, je ne sauverai que 17 pions, victime d’un solide béton sur les bords nord et est. Ça commence mal.

Les appariements de la ronde 2 sont lancés et on m’annonce que je ne jouerai pas. En effet, nous sommes un nombre impair de joueurs, ce qui implique qu’à chaque ronde un joueur est mis au repos (généralement le joueur le moins bien classé). La règle veut qu’il gagne alors sa partie par défaut. En France, nous appelons « bip » l’adversaire virtuel que nous battons de cette manière (« jouer contre bip » ou « bipper »  sont des expressions courantes). Au Japon, le fait de « bipper » se dit 不戦, ce qui d’après notre ami Google signifierait « renonciation à la guerre ». C’est plus classe que « bip » 😀
Mais là aussi il y a une différence de traitement entre Occidentaux et Japonais : le score par défaut est de 44-20 pour les premiers, et de 32-32 pour les deuxièmes (avec valeur de gain, œuf course).

Je profite de cette pause forcée pour rejoindre la boulette qui est sortie se dorer la pilule et manger un bout.
Lorsque j’arrive sur le parvis, elle est en train de s’essayer à un parcours de réflexologie plantaire. Je lui emboîte le pas en me disant que ça pourrait m’aider à « recentrer mes énergies » ou une connerie dans le genre, mais c’est finalement au-dessus de mes forces. Une vraie torture. D’un point de vue symptomatique, ça veut probablement dire que j’ai une tumeur au cerveau ou un organe qui fuit mais je préfère pas savoir…

Ronde 3. J’affronte le jeune Yuto Kimura.
Yuto négocie très bien le début de partie (je misais sur l’effet de surprise en jouant une ouverture Baghat mais c’est râpé). Et en y regardant de plus près, je pense qu’il aurait pu me poser des problèmes autrement plus sérieux…
De 17g5 à 36h2 il y a quelques approximations de part et d’autre mais aucun de nous ne parvient à prendre un avantage clair. Après 37b4 suivi de g2 c2 b8 f8 g8 f7, je sens que j’ai une finale gagnante. C’est à Blanc de jouer et il est forcé d’ouvrir à l’ouest, il choisit 44a5, ce qui nous amène à la position suivante :

[applet code= »OthelloViewer2″ file= »http://www.frank-poupart.org/othello/applet/OthelloViewer2.jar » width= »300″ height= »315″] [param name= »background » value= »#fafafa »] [param name= »position » value= »—————————0X——X0————————— X »] [param name= »ListMoves » value= »c4e3f4c5d6f3e2f6d3f2d2e1f5e6c6g6g5b3b5h5g3g4e7c7d7h4h3c1d1e8c8c3f1d8b1h2b4g2c2b8f8g8f7a5a6a3b6a4a2b7a8a7h8g7h7h6h1g1a1b2″] [param name= »playMoves » value= »44″] [/applet]

Dans cette position, a4 et b6 gagnent assez largement (+16). Le problème c’est que Yuto et moi sommes en zeitnot (perso il doit me rester une vingtaine de secondes), il faut que je joue à tempo ou presque et je n’ai pas le temps d’envisager tous les coups. D’ailleurs, nous avons arrêté de noter la partie et je ne garantis pas l’exactitude de la séquence jouée après 49a2 que je reproduis ici de mémoire (mais ça y ressemble, et ça colle au score final).
Retour à la position : 45h7 ne me traverse même pas l’esprit (pas plus que 45b6) ; j’écarte a3 à cause de 46a4 sans chercher à voir plus loin (pas le temps) ; et sur 45a4 j’ai peur de a6 alors que Blanc n’y a pas accès… bref j’ai tout faux. Je suis en mode panique.
Je joue 45a6 de façon réflexe mais après a3 b6 a4 j’ai comme l’impression d’avoir manqué le coche. Je ne peux pas jouer b7 car Blanc reprendrait le bord en a7 sans retourner b7, a2 me semble donc forcé, l’attaque de Blanc en b7 inévitable, et la partie de m’échapper. À cet instant, dans mon esprit cela ne fait plus de doute, j’ai merdé, c’est plié (je perdrai effectivement 25-39).
Pourtant… il restait un coup gagnant : 49b2 ! (+4)
Un putain de tesuji. Un coup qui parle aux Grands Maîtres, pas aux brêles dans mon genre 😀
Même à froid, en ayant du temps à la pendule, honnêtement je ne suis pas sûr de trouver ce coup.

Faisons le point. J’ai pris une branlée à la première ronde, bippé à la deuxième et merdé dans la troisième. C’est pas glorieux.
Je commence à flipper, à me dire que ma place était en « Débutant ». Atroce.

Ronde 4. Techine Hashikawa. Le cadet de la catégorie, et sans doute le moins expérimenté.
Comme moi, il a perdu deux parties (dont la première sur la plus petite marge) et marqué un point contre bip.
C’est bien simple, il faut que je le détruise. Il a une bonne bouille mais ça ne change rien à l’affaire, je n’ai plus le choix, je dois gagner par ippon. Si je ne le fais pas pour moi, je le ferai pour la France 😀
55-09, I’m back to business !

Ronde 5. Kousuke Fujita. Il a gagné trois de ses quatre premières parties, ça s’annonce rude.
J’ai les noirs. Ouverture « Campagnarde Berner » (c4c3 d3c5 b3f4 b5b4 d6). Kousuke joue vite, comme s’il savait parfaitement où il allait. Certains de ses coups me semblent pourtant assez faibles, il me donne un temps, puis un autre… je ne comprends pas où il veut en venir. Au coup 21, Kousuke s’arrête subitement de jouer et commence à faire la moue, comme s’il se rendait compte que quelque chose n’avait pas tourné rond. Il se redresse sur sa chaise et penche la tête sur le côté ; je ne suis pas expert mais pour moi cette expression ne peut vouloir dire qu’une chose : « What the fuck ?! »*
Trop tard, 47-17.

Ronde 6. Satoshi Asahina. 3e Dan. On me le présente comme l’adversaire le plus dangereux de la catégorie.
C’est la dernière ronde, c’est pas le moment de flancher. À priori tout le monde a perdu au moins une partie, je peux encore sauver les meubles, voire me placer…
Ouverture « Heath cheminée ». J’ai les blancs, je joue mon coup 10 au bord : c4c3 d3c5 b4e3 e2d2 c6a4. C’est un début qui me met en confiance, contrairement à Satoshi qui se retrouve assez vite en difficulté (visez la position sur la photo, Noir a le trait, ça sent les emmerdes…). Je gagnerai 40-24, limite sans forcer, c’est à n’y rien comprendre.

Contre toute attente, je termine troisième du tournoi (à égalité de victoires avec le deuxième mais ce dernier a un pion de plus que moi au départage !), ce qui me vaut de recevoir des mains de Tetsuya Nakajima un joli certificat sur lequel est écrit que j’accède au rang de 1e Kyu. De la balle. C’est jamais qu’un bout de papier pour une perf’ en demi-teinte mais je sais pas… sur le moment j’ai eu envie de me mettre en slip et de chanter du Elvis :

Au fond, je suis surtout soulagé d’avoir pu remonter la pente après un départ de merde. Ça m’aurait fait mal de rentrer bredouille, même si l’ambiance et l’esprit bon enfant du tournoi valaient cent fois le déplacement.
Du côté des pros, c’est logiquement Tetsuya qui l’emporte, en concédant toutefois deux défaites, la première contre la championne féminine Yukiko Tatsumi, la deuxième contre un de ses élèves : « Gabo » (Hiroaki Iwakura), à droite sur cette photo.

Mon prochain voyage au Japon est prévu en 2016, mais je ne m’interdis pas d’y faire un saut dans l’intervalle. La possibilité de participer au Meijin (un des plus prestigieux tournois japonais) commence à m’exciter, et vu que la boulette est maxi open à l’idée de retourner à Tokyo… qui sait.

[EDIT du 26/04/12]
*Il me revient que Takuji Kashiwabara avait eu à peu près la même réaction dans cette partie qui nous opposa lors du championnat de France 1999 (j’ai les blancs). Sauf que lui c’est dès le coup 15 qu’il s’est mis à grommeler je ne sais quoi dans sa barbe de vieux sage, comme s’il se flagellait intérieurement.
Tous ceux qui connaissent Takuji savent qu’il est réputé pour jouer extrêmement vite (et bien). C’est la première fois que je l’affrontais et j’étais sur mes gardes car je savais qu’il s’agissait d’un joueur très dangereux. Il joua comme à son habitude très vite un début pourtant irrégulier (ouverture particulièrement délicate à négocier pour les noirs, c’est un peu comme si aux Échecs après e4e5 vous répondiez a4 !), s’imaginant sans doute qu’il ne ferait de moi qu’une bouchée… Gnurf gnurf gnurf !

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« Je n’étudie pas ; j’invente. » Viktor Kortchnoï
« Je ne vois qu’un coup d’avance, mais c’est toujours le bon. » José Raúl Capablanca

Le jeu sur Internet s’est considérablement développé ces dix dernières années, et force est de constater qu’on ne joue pas sur Internet de la même façon que « dans la vraie vie » (ITRW disent les geeks).
Cela tient sans doute à l’environnement sociologique des serveurs de jeux, lequel est régi par des codes propres aux communautés virtuelles (aspect que je n’aborderai pas ici, sinon de façon très indirecte), mais aussi et surtout au format de jeu le plus répandu en ligne : le blitz1.

D’après la définition de la FIDE (Fédération Internationale Des Échecs), le blitz est « une partie où tous les coups doivent être joués dans un temps limité de moins de 15 minutes pour chaque joueur ; ou bien le temps alloué + 60 fois un incrément quelconque est inférieur à 15 minutes pour chaque joueur ». Par incrément comprenez : un temps additionnel (variable) alloué à chaque joueur après qu’il a consommé son temps de réflexion initial. Ce temps additionnel peut être appliqué selon différentes méthodes : Fischer, Bronstein, hour glass…
Au jeu de Go, cet incrément est presque systématique et porte un nom particulier : le byo-yomi. Par exemple, un byo-yomi de 30 secondes signifie qu’au-delà du temps de réflexion initial, chaque joueur dispose de 30 secondes (et pas une de plus) pour jouer chacun de ses coups. S’il dépasse ce délai, il perd immédiatement la partie. Dura lex, sed lex.
Pour ce qui est d’Othello, nous appelons blitz une partie où le temps de réflexion est fixé à 5 minutes (maximum) pour chaque joueur. Précisons que, au départ, une partie d’Othello dure moins longtemps qu’une partie d’Échecs ou de Go.
À ma connaissance, les blitz d’Othello sont toujours joués sans incrément (on parle de cadence KO ou encore de mort subite), autrement dit il n’y a jamais de temps additionnel. D’ailleurs, aucun serveur d’Othello ne propose de paramétrer un temps additionnel. La raison à cela est que la gestion du temps est plus évidente à Othello qu’aux Échecs ou au Go. En effet, Othello est un jeu de remplissage, la fin de la partie intervient la plupart du temps lorsque 60 coups ont été joués (nombre de coups nécessaire pour remplir intégralement le plateau de jeu), ce qui est facilement prévisible, tandis qu’aux Échecs, par exemple, les parties peuvent durer presque indéfiniment (des règles spécifiques permettent toutefois de minorer ce risque : répétition de coups, pas assez de matériel pour mater…).
Dans la pratique, quel que soit le jeu (et abstraction faite de la définition FIDE), on associe généralement le blitz à une cadence de 5 minutes par joueur. C’est du moins vrai pour les parties « réelles » car, sur les serveurs de jeu en ligne, les blitz sont plus souvent cadencés entre 1 et 3 minutes, d’aucuns parlent alors de cadence « lightning » (unleash hell !).

Le blitz n’a pas bonne réputation. Les puristes ne jurent que par le « jeu sérieux », lequel rime forcément avec constipation réflexion intense et partie longue. (Au japon, certaines parties professionnelles de Go durent plus de 8 heures !)
D’une certaine façon, le blitz serait au jeu ce que le fast food est à la gastronomie.
Faute de temps, les stratégies nécessitant une grande profondeur d’analyse sont sacrifiées aux petites combinaisons tactiques et autres arnaques ; en 1 minute l’instinct prévaut sur le calcul. On se lance dans un plan sans avoir pris le temps d’en calculer toutes les chances de succès, sur le seul gage de l’intuition, parce qu’on sent qu’ « il y a quelque chose à y faire » ; au Go on appelle ça l’aji.
Et il est vrai que les parties jouées dans un temps très court comportent plus de coups approximatifs que dans un format long, et même de fautes grossières, et les tesujis2 y sont plus rares, quand ils ne sont pas involontaires 😀
Alors pourquoi ce format rencontre-t-il un tel succès sur Internet ?

Éléments de réponse :

• Internet est un endroit anonyme, il est donc particulièrement ouvert aux irrégularités, de petits malins se sont vite sentis obligés de jouer avec l’assistance d’un programme pour gonfler artificiellement leur classement (lors même qu’il n’y a strictement rien à gagner, mais bon, ce faisant ils ont sans doute l’impression d’avoir un plus gros zizi). De fait, les cadences très courtes (1 ou 2 minutes) limitent les risques de tricherie.

• Les parties rapides permettent de jouer des ouvertures exotiques sans forcément prendre une rouste. Sortir très vite de la bibliothèque des ouvertures communément jouées (et récitées par cœur jusqu’au coup 30 et plus !) a pour effet de mettre très tôt la pression sur l’adversaire, en le forçant à consommer de son temps pour trouver la réfutation qui lui permettra d’avoir un avantage positionnel, voire, si vous avez joué un coup vraiment atroce déraisonnable, de tuer la partie. Mais le fait est qu’il n’a qu’une poignée de secondes pour prendre les bonnes décisions, ce n’est pas toujours suffisant (en 1 minute le temps passe comme une balle), notamment lorsque la séquence opposable est contre-intuitive…
Selon votre niveau de préparation, et dans le cas où votre adversaire ne parvient pas à trouver de réfutation, il se peut donc que vous abordiez le milieu de partie dans une position avantageuse et que votre crédit temps soit plus confortable ou, soyons réalistes, moins désespérant que celui de votre adversaire. Ainsi, des joueurs de niveau modeste parviennent parfois à prendre le meilleur sur des joueurs mieux classés.
Arnaque, dites-vous ? Couilles, je vous réponds.

• Le blitz est extrêmement fun. Si l’on admet qu’il y a une part de hasard dans les parties en 1 ou 2 minutes, il ressort que l’avantage peut très souvent passer d’un camp à l’autre et que l’issue d’une partie est plus que jamais incertaine. Cela confère au jeu une dimension particulièrement ludique et jubilatoire, là où partie sérieuse pourrait rimer avec maux de tête et ennui profond.
Je force un peu le trait mais il faut reconnaître que le blitz (et le rapport permanent à cette troisième force qu’est le temps) a pour lui un vrai pouvoir de séduction et de divertissement.
Le blitz, ça me fait penser au type qui est sur le point de désamorcer une bombe : Je coupe le fil blanc ou le vert ? Je joue la case X ou bien je reprends le bord ? Merde, merde, merde, je suis court au temps, allez j’y vais au feeling, je verrai bien si ça me pète à la gueule…
S’il s’agissait d’un jeu vidéo, on dirait du blitz que c’est un jeu arcade.

• Le blitz permet d’enchaîner un maximum de parties et donc de mémoriser un large éventail de modèles de parties et de séquences de jeu, en se familiarisant avec de nombreuses positions et en acquérant les bons automatismes vis-à-vis de ces dernières. Ce capital empirique pourra se révéler tout à fait déterminant lors d’une partie à cadence classique, en ceci qu’il permettra d’élaguer plus efficacement les branches de l’arbre décisionnel, jusqu’à trouver le bon coup, notamment en situation de stress (zeitnot3).
C’est en outre un bon moyen d’expérimenter une ouverture particulière et d’en tester toutes les variantes…

• Ai-je besoin d’ajouter que le blitz ne requiert que peu de temps ? Vous avez 10 minutes à tuer ? C’est suffisant pour jouer deux ou trois blitz…

Dit comme ça, on pourrait croire que le blitz est la panacée pour les débutants et que n’importe quelle brêle a une chance de dérouiller Tamenori. C’est pas mon propos. D’ailleurs, je déconseille vivement le blitz aux joueurs débutants (sinon à vouloir les en dégoûter). Rien ne remplacera jamais l’étude approfondie du jeu et les bénéfices qu’on peut tirer d’une partie pédagogique avec un joueur expérimenté.
Au reste, ce n’est pas complètement un hasard si les meilleurs blitzeurs sont en général les meilleurs joueurs tout court. À titre d’exemple, les deux derniers champions du monde de blitz d’Échecs ne sont autres que Magnus Carlsen et Levon Aronian, respectivement numéro un et deux au classement actuel de la FIDE.
En revanche, le blitz est un terrain tout à fait recommandable pour les petits filous dans mon genre qui ne consacrent que peu de temps à l’étude mais qui ont déjà quelques dizaines de milliers de parties au compteur, et qui arrivent parfois, sur la base d’un malentendu, à faire tourner les choses à leur avantage.
Je ne sais pas si c’est ce qui est arrivé à Sakhan Gashimov (le frère aîné et manager du top seed Vugar), toujours est-il qu’il a créé la surprise en s’imposant au tournoi blitz de Donostia, le 6 janvier dernier, au nez et à la barbe de types qui lui rendaient près de 350 points ELO ! Du moins sur le papier…

Bon, pour donner du corps à cette entrée en matière un peu fumeuse, j’ai décidé de vous commenter deux parties blitz que j’ai jouées récemment sur l’excellent serveur de jeu Playok (Kurnik).
C’est la première fois que je me livre à un exercice de cette nature et, vu mes piètres compétences en matière d’analyse, je vais me concentrer sur la façon dont j’ai « vécu » ces parties, et les raisons subjectives, bonnes ou mauvaises, qui m’ont poussé à jouer tel ou tel coup… Il se pourrait que ce soit un peu trivial.
By the way, c’est aussi pour moi l’occasion de tester l’applet de LiveOthello (merci Bruno, Manu et Stéphane pour ce superbe outil). À noter que j’ai bricolé, pour mon propre usage, un skin baptisé blackwood (les goûts, les couleurs, tout ça).

Le contexte : nous sommes le 8 janvier, tard dans la nuit, j’ai ouvert une session sur le serveur de jeu Playok et créé une invitation pour des blitz cadencé à 2 minutes par joueur (ma zone de confort, enfin je crois).
Je précise que sur Playok, comme sur la plupart des serveurs de jeu en ligne, les pions se retournent simultanément et instantanément, le temps de votre pendule s’arrête donc au moment précis où vous cliquez sur la case de votre coup. Partant, jouer des blitz de 1 ou 2 minutes sur Internet n’est pas réaliste : dans la vie, la vraie, le fait de retourner physiquement les pions coûte du temps, un temps non négligeable dont on fait ici l’économie.
Les blitz de 1 minute sont courants sur Internet (cette cadence assure 2 secondes de réflexion par coup, sachant que les premiers coups sont souvent joués à tempo), en revanche, en situation de jeu réel, c’est une cadence impossible à tenir sans une très bonne dextérité et rapidité d’exécution.
De ce point de vue, le serveur japonais Yahoo! Mobage est plus réaliste : les pions se retournent les uns après les autres et la pendule ne s’arrête que lorsque le dernier pion est retourné. Cela peut avoir des effets pervers dans les parties de 1 minute (je l’ai appris à mes dépens), notamment si vous faites passer votre adversaire plusieurs fois en fin de partie…
Mais revenons à nos moutons. Un joueur m’a rejoint, un Japonais justement (pas étonnant, étant donné l’heure), son pseudo : simasuke, son niveau : 1907 (au moment de la partie, s’entend), ça pique, c’est presque 300 points de plus que moi (mon niveau fluctue entre 1500 et 1800 sur Kurnik, cette amplitude s’explique du fait que je joue des parties en série. Ainsi, lorsque je joue 20 parties contre un même joueur et que je prends 18 roustes, mon niveau s’abîme inévitablement dans les profondeurs abyssales du classement ; inversement, lorsque j’enchaîne les gains…).
C’est mal barré, mais qu’importe, « même un boulet de canon craint le brave », dit un proverbe russe 😀

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Première partie. J’ai Noir. J’ouvre les hostilités.
(En gras les coups joués dans la partie.)

1.c4 2.e3 3.f4 4.c5 5.d6 6.f3 7.e2 Ouverture Bhagat (elle doit son nom au joueur anglais Peter Bhagat).
C’est une ouverture qui date du milieu des années 80, passée de mode, je la joue régulièrement sur Internet pour éviter les variantes trop courues de la Rose (je n’ai rien contre la Rose, cela dit).
Donnée perdante pour Noir, l’ouverture Bhagat est très peu pratiquée. Mais cette faiblesse fait aussi sa force car peu de joueurs se donnent la peine d’étudier les ouvertures dites perdantes (et donc d’en connaître les subtilités et les réfutations), partant du principe qu’un joueur raisonnable ne s’y risquerait pas.
Soit dit en passant, dans une newsletter (The Fox, août 1990, p.4) de la BOF (British Othello Federation), Michael Handel s’adresse aux joueurs débutants et leur dit, à propos de l’ouverture parallèle : « This opening is useless, just don’t play it ! » Je pense au contraire qu’il faut encourager les débutants à jouer et à étudier toutes sortes d’ouvertures, pour mieux les comprendre, connaître leurs forces et leurs faiblesses. Il semble parfois que les joueurs ne soient obsédés que par la recherche exclusive de lignes parfaites, sans considération de style ou d’imagination ; de mon point de vue cela enlève beaucoup au plaisir pur du jeu.

Le fait que simasuke marque un premier temps de réflexion m’incite à penser qu’il est en mode hors piste. Au-delà de l’ascendant psychologique (encore très relatif à ce stade de la partie), cela me permet d’être en avance au temps, ce qui est essentiel dans un format blitz de 2 minutes par joueur !

8.d3 9.c3 10.e6 Variante principale. Cette séquence est évaluée b++ par la Commission Ouvertures de la FFO, autrement dit : gros avantage Blanc. Oui, j’aime bien les situations de merde. Et je ne déconne qu’à moitié : dans des parties aussi rapides, il est parfois plus facile de survivre (peu de bons coups = peu de temps de réflexion) que de devoir « faire le jeu » en ayant l’embarras du choix…
Il m’est arrivé de répondre 11.f2 mais depuis un certain temps je préfère jouer 11.g4. Les autres coups envisageables, c6 et b4, ne m’ont jamais inspiré. 11.g4 enlève le coup Blanc en f5 tout en préparant 13.f2. La réponse naturelle (et presque systématique) de Blanc dans cette position est 12.b4 qui retire l’accès Noir à f2 et donne à Blanc une bonne forme4 (structure ramassée au centre).

13.d2 Seul coup potable. Au premier regard, ce coup a de quoi faire peur (il retourne beaucoup de pions et agrandit la frontière5 de Noir) quoiqu’il soit insidieusement bon (enfin, pas si mauvais quoi) et prépare b3. Blanc peut priver Noir de cet accès en jouant 14.c6 mais ce faisant il donnerait à Noir un voire deux coups tranquilles6 en f5 et f6.
Blanc doit donc réfléchir à un autre coup, et il y en a une chiée. Ça tombe bien, perso j’ai tout mon temps 😀

14.c2 Typique. Ce coup semble pourrir b3 mais il n’en est rien, 15.b3 reste la meilleure réponse de Noir.
Après c2b3, Blanc a perdu son accès à f1 et s’est pourri celui en f2. Je suis toujours en bibliothèque et joue à tempo. Il se pourrait que la mayonnaise prenne.

16.c6 Je n’attendais pas ce coup qui retourne d5 et donne à Noir un coup tranquille avec 17.f5. Je me préparais plutôt à c7 ou e7…

18.d1 19.e1 20.f1 21.f2 Le coup d1 permet à Blanc de préparer un coup peinard en b5. J’hésite à répondre 19.f6 mais j’ai un mauvais feeling en pensant à une possible réponse de Blanc en f1… Je choisis donc de jouer une séquence sur le bord nord, en me disant que f6 pourrait attendre.

22.a3 23.a5 24.g1 J’imagine que l’idée de a3 était d’ôter mon accès à f6 mais je le récupère aussitôt avec a5, cet échange semble à posteriori dispensable, 22.g1 directement était sans doute meilleur.

En jouant g1, Blanc s’est donné un accès à c1 qui n’offrira aucun nouveau coup à Noir, il menace donc de « gagner un temps ».
À cet instant précis je n’envisage que deux options : soit je joue 25.f6 et laisse Blanc jouer c1, avec dans l’idée d’attaquer par la suite son bord de 5 (reste à savoir de quelle façon) ; soit je joue b1 (sans espoir d’insertion en c1 vu que je n’y aurai pas accès) pour forcer Blanc à ouvrir le jeu… Je choisis cette dernière.
Il ne m’est pas venu de forcer c1b1 (suivi de f6, à vue de nez) car l’idée même de permettre à Blanc d’avoir un bord équilibré est pour moi synonyme d’emmerdements à long terme. Faut-il rappeler que nous jouons en blitz et que chaque seconde compte. Donner un bord équilibré signifierait que je suis sûr de ce que je fais, et sûr d’avoir l’avantage, ce qui n’est absolument pas le cas. Évidemment, à froid, sans pression et sans limite de temps, il est plus facile de se projeter et d’envisager toutes les possibilités…

25.b1 26.g5 27.f6 28.e7 Les coups s’enchaînent et, curieusement, j’ai pas l’impression que nous fassions de grosses bourdes.
J’hésite à jouer 29.h6 mais je crains 30.g3 et ne parviens pas à voir la suite, j’ai peur de devoir jouer h3 à un moment donné, de me retrouver avec une grosse influence7 et des faiblesses un peu partout. 29.b5 me paraît plus sage ou, mettons, moins anxiogène 😀

Ma position après b5 me plaît bien ; Blanc semble contraint de jouer un coup assez faible (en fait, Othello impose aux joueurs une sorte de zugzwang8 perpétuel ; c’est un des rares jeux où il est presque toujours souhaitable de ne pas avoir le trait !).
Ce sera finalement 30.a6.
30.a6 offre à Noir une insertion facile (et presque forcée) en a4. En contrepartie, Blanc se donne un accès à g6. Mais après 31.a4 il doit d’abord répondre 32.b6 (qui serait un coup tranquille pour Noir).

Et nous y sommes. C’est en général le moment que je choisis pour foirer lamentablement mes parties, mais allez savoir, aujourd’hui je le sens pas trop mal.
Quelle est la situation ? Quel est le plan ?
Blanc a une grande frontière au sud qui ne demande qu’à être traversée. No way.
Le coin nord-ouest est verrouillé et quelque chose me dit que si Blanc n’y joue pas en premier, Noir mourra dans d’atroces souffrances (la parité9, tout ça). Je préfère ne pas y penser.
Si c’était à Blanc de jouer, il jouerait sans doute ce coup tranquille en g6, qu’à cela ne tienne, je vais y jouer à sa place. C’est pas vraiment ce qui s’appelle un plan mais j’ai envie de dire : à chaque coup suffit sa peine.

33.g6 34.g3 35.f7 36.h5 37.e8 38.d7 39.h6 Je m’efforce de ne pas trop ouvrir et de tirer le jeu au sud-est, j’ai l’impression d’être sur la corde raide, mais visiblement Blanc n’en mène pas large non plus. C’est un peu à qui craquera le premier…

40.f8 La boulette. Alors que j’attendais h7, simasuke joue f8, menaçant h4 (enfin j’imagine que c’était son idée). Le problème est qu’après 41.h4 42.h3 43.h2, Blanc ne peut pas attaquer en g7 du fait que la ligne 7 est toute blanche (arnaque classique : Noir jouerait h7 sans retourner g7) ; à court de coups au sud, Blanc est condamné à sacrifier le coin nord-est et, incidemment, à jouer en premier dans le trou de 4 au nord-ouest, sachant que je répondrai systématiquement dans le même trou, Blanc finira forcément par jouer g7, me cédant ainsi la parité. À cet instant je sais que c’est dans la poche, reste à dérouler sans faire trop de bêtises.

J’ai soumis cette partie à l’analyse rétrograde de l’excellent programme Cassio (calcul de la finale parfaite depuis le coup 30 + évaluation du reste de la partie avec une profondeur de 23 coups), verdict : je fais 3 erreurs qui me coûtent 8 pions dans les 30 derniers coups (contre 3 erreurs et 12 pions côté Blanc) ; j’étais gagnant depuis le coup 31, c’est une petite surprise (perso je ne l’avais compris qu’au coup 40). L’avantage a changé de camp progressivement en milieu de partie. Et 40.f8 a définitivement scellé l’affaire.
Je suis jouasse.

30.A6?? Blanc rate la nulle
30.G2 G3 G6 H6 H5 H4 A6 A4 H3 D7 C8 H1 H2 C1 B6 C7 B2 E8 F8 G8 B8 G7 H8 D8 H7 A8 A7 B7 F7 A2 A1 32-32

31.A4 fait 33-31
32.B6 fait 33-31
33.G6 fait 33-31
34.G3 fait 33-31
35.F7 fait 33-31
36.H5? Blanc perd 2 pions
36.H4 F8 C7 D7 E8 B8 G8 H5 D8 G7 B7 A8 A7 C8 C1 H1 H8 H2 B2 H3 H7 G2 H6 A2 A1 33-31
37.D8 fait 35-29
38.D7 fait 35-29
39.H6 fait 35-29
40.F8? Blanc perd 9 pions
40.H7 H3 E8 F8 H4 H8 G2 C8 C7 B8 G8 G7 A8 B7 A7 H1 C1 H2 A1 B2 A2 35-29
41.H4 fait 44-20
42.H3 fait 44-20
43.H2 fait 44-20
44.G2 fait 44-20
45.H1? Noir perd 1 pion
45.G7 C1 H1 H8 B2 H7 G8 A1 A2 B7 C8 E8 C7 A8 A7 B8 44-20
46.C1 fait 43-21
47.B2 fait 43-21
48.G7? Blanc perd 1 pion
48.A1 A2 H7 H8 C8 C7 E8 B8 G7 G8 A8 B7 A7 43-21
49.H7? Noir perd 3 pions
49.C8 A1 A2 C7 H7 H8 G8 E8 B8 B7 A7 A8 44-20
50.A1 fait 41-23
51.A2 fait 41-23
52.H8 fait 41-23
53.G8 fait 41-23
54.E8 fait 41-23
55.C8 fait 41-23
56.C7? Noir perd 4 pions
56.B7 B8 C7 A7 A8 41-23
57.B7 fait 37-27
58.A7 fait 37-27
59.A8 fait 37-27
60.B8 fait 37-27

Revanche. On inverse les couleurs, c’est à simasuke d’engager.

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1.f5 2.f6 3.e6 4.f4 5.e3 6.d6 Ouverture cheminée.

7.g4 8.d3 9.c3 10.h3 11.c4 12.g3 13.g5 14.g6 15.c7 16.c6 17.h5 Quoiqu’assez marginale, cette variante est jouée à tempo (ce qui n’est pas pour me rassurer). Rien que de très chiant et théorique (c’est une des rares ouvertures que j’ai étudiée avec un programme).
Après h5, une idée me vient (c’est pourtant pas le moment). Une intuition, plutôt. Une folie, tout bien pesé.
Je connais la suite naturelle : 18.f3 19.h4 20.h6 (après quoi Noir joue généralement e2, f2 ou c5). Mais quelque chose me dit que je vais me faire tataner. C’est chelou cette réaction, mais je réalise que j’ai probablement gagné la première partie sur un malentendu. Vu notre écart au classement, simasuke ne s’attendait sans doute pas à ce qu’on lui opposât une grosse résistance. Il aura joué sans forcer, se laissant surprendre. Soudain, je me mets à faire dans mon froc et gage que ma seule chance de m’en sortir, c’est de l’amener sur un terrain qu’il ne connaît pas. Au rayon des coups de merde, je choisis donc d2, un peu au pif. Nous verrons bien, me dis-je.

19.h4 Bien-sûr.
À cet instant je me dis que j’y suis allé un peu fort, que je vais finir ma vie seul et incompris. Et que je l’aurai cherché (Othello, à la base, c’est une tragédie).

20.e2 Allons-y gaiement 😀

21.f3 Pour empêcher Blanc d’y jouer.

22.b5 Je passe du côté obscur de la force ; c2 me tendait pourtant sa case…

23.b4 Coup au centre (se réserve c5), suivi de 24.f2, what else ?

25.c5 Dans la logique des choses, suivi de 26.d7, seul coup décent.

27.b6 28.c2 29.c3 30.c8 En jouant b6, Noir empêche Blanc d’y jouer tout en le forçant à agrandir sa frontière ; Blanc c2 ajoute un pion frontière mais empêche Noir d’y jouer un coup tranquille ; Noir c3 poursuit l’idée de ne pas traverser les murs nord et sud de Blanc ; enfin, Blanc c8 me semble être le dernier coup à peu près viable de Blanc. J’avoue ne pas avoir envisagé de reprendre le bord est avec 30.h6, craignant que 31.e8 ne tue la partie.

31.h2 Ça devait bien finir par arriver.
À présent Blanc « is entering a world of pain ! » Tous les coups à l’ouest semblent annoncer la fin du monde ; h6 ne m’avance à rien ; g2 est suicidaire. Étonnamment, je ne vois plus d’autre option que… 32.b2.
Ça semble plié mais je garde quelques raisons d’y croire : d’abord Noir ne peut pas prendre immédiatement le coin a1, il va donc devoir ouvrir le jeu (et consommer du temps), ensuite j’ai toujours la parité (je touche du bois), enfin la pendule aura vraisemblablement son mot à dire. Ayant une mobilité réduite, elle me sera à priori plus favorable… C’est maigre, mais il faut bien que je m’accroche aux branches.

33.e7 34.a3 Quitte à traverser la frontière blanche, Noir joue un coup au centre et se donne un accès au coin a1. L’espace d’une seconde, je pense alors à g7 pour reprendre le contrôle de la diagonale et feindre la possibilité d’un Stoner10 dans le coin sud-est (dans la précipitation, Noir pourrait être tenté de répondre f7…) mais le panneau est un peu gros. Et de toute façon je n’ai pas le temps de creuser la question.
L’échange h6h7 ne me tente pas, sans doute à tort (il s’avère que c’était le coup le moins pire), mais l’idée de donner à Noir un bord équilibré alors que ma situation est déjà critique, comment dire… Je joue finalement a3, histoire de me faire petit.

35.a1 36.a2 37.a4 38.a5 À ce stade je me dis que, perdu pour perdu, il faut que je sauve les meubles. Mon plan consiste donc à conserver la parité, coûte que coûte. Avec un peu de chance, en fin de partie, qui sait, il se pourrait que je trouve une arnaque…

39.d8 40.f8 41.e8 42.h6 43.h7 Je ne sais plus pourquoi j’ai joué 40.f8 (c’est le blackout dans ma tête). Toujours est-il qu’après la séquence de bord 39-41, et contrairement aux raisons que j’avançais de ne pas le faire, je décide finalement de forcer l’échange h6-h7. J’ai une sorte de vision. Un plan.
Je comprends que, dans cette configuration, le seul coup légal de Noir au sud-est, g8, est somme toute assez atroce. Dans l’absolu, les derniers coups de la partie pourraient être Noir g8 (forcé) suivi de f7 g7 h8.
Pour arriver à cette conclusion, reste à remplir les autres régions du plateau sans jamais perdre la parité, et à prier pour qu’il n’y ait pas d’arnaque à la con… Notez que je ne me pose pas la question du nombre de pions qu’il m’en coûtera d’arriver à cette fin ni des bénéfices que j’en tirerai sur un plan comptable, j’en suis incapable, question de temps, mais je suis déjà bien aise d’avoir trouvé une vague idée à suivre. Au mieux je vole la partie, au pire je perds avec dignité.

44.a6 Cohérent avec mon plan (à défaut d’être bon). Assure la parité au sud-ouest.

45.b1 Ce coup semble assez naturel/anodin, mais simasuke loupe un coup autrement plus dévastateur. Après a6, la diagonale a6-e2 est toute blanche, Noir pouvait donc jouer f1 sans que Blanc puisse répondre e1. Si Blanc répond au sud-est, Noir joue e1 sans que Blanc ait accès à d1 ; et si Blanc répond au nord-est, mettons g2, alors b7a8 b8 !
Mais c’est plus rassurant, avec 15 secondes à la pendule, de jouer b1…

Contre toute attente, simasuke va merder sa finale et finir par me donner le gain (au coup 49, cf. analyse rétrograde plus bas) tandis que je ne concèderai que deux pions dans les 20 derniers coups. Le fait est que, pour un cerveau humain, les choix de Blanc étaient sans doute plus évidents que ceux de Noir.
La défaite est forcément amère pour Noir car elle ne reflète pas la physionomie de la partie.
Voilà qui illustre assez bien l’idée que j’évoquais plus haut dans cet article, à savoir qu’en blitz il est parfois plus facile de survivre que de faire le jeu. J’aurais dû payer cash mes excentricités de début de partie, mais le blitz est un jeu à part, qui nous contraint au-delà du calcul et de l’intuition à composer sans relâche avec le temps et la pression.

30.C8? Blanc perd 5 pions
30.H6 D8 E7 E8 A4 F7 A7 A2 A3 A5 F8 G8 B8 G7 H8 C8 H7 A8 A6 B7 A1 B2 C1 B1 E1 F1 H2 D1 G2 G1 H1 37-27
31.H2? Noir perd 3 pions
31.H7 H6 H2 B2 E1 C1 A1 F1 B1 D1 G1 A4 B7 A5 A7 A6 A3 A2 A8 B8 E7 E8 F7 D8 F8 G2 H1 G8 H8 G7 42-22
32.B2 fait 39-25
33.E7 fait 39-25
34.A3? Blanc perd 5 pions
34.H6 H7 G7 E8 A4 D8 F7 F1 F8 A3 E1 A5 G1 H8 G8 B8 A7 A1 A6 C1 D1 H1 G2 A8 B7 A2 B1 39-25
35.A1? Noir perd 1 pion
35.H6 G7 F7 A4 A6 G8 A1 A5 A2 B1 E1 E8 C1 D1 F1 H7 H8 G2 G1 H1 F8 D8 A7 A8 B8 B7 44-20
36.A2 fait 43-21
37.A4 fait 43-21
38.A5? Blanc perd 4 pions
38.H6 H7 D8 F8 E8 B8 G7 B1 C1 F1 E1 D1 G2 H8 B7 A8 F7 G1 H1 G8 A6 A7 A5 43-21
39.D8? Noir perd 3 pions
39.H6 G7 F7 E8 E1 D1 F1 G2 H8 F8 H7 G8 D8 A6 A7 G1 B1 C1 H1 B7 B8 A8 47-17
40.F8? Blanc perd 1 pion
40.H6 H7 A6 F1 G2 B7 E8 E1 A8 F8 F7 B8 G8 A7 G1 H1 G7 H8 B1 C1 D1 44-20
41.E8 fait 45-19
42.H6 fait 45-19
43.H7 fait 45-19
44.A6 fait 45-19
45.B1? Noir perd 9 pions
45.F1 G2 B7 A8 B8 F7 E1 D1 G7 H8 H1 G1 G8 C1 B1 A7 45-19
46.C1 fait 36-28
47.D1? Noir perd 3 pions
47.F1 G2 A7 B7 B8 A8 D1 E1 H1 G1 F7 G8 H8 G7 36-28
48.G2 fait 33-31
49.B7?? Noir donne le gain
49.E1 F1 B8 A8 B7 A7 H1 G1 F7 G8 H8 G7 33-31
50.A8 fait 25-39
51.B8 fait 25-39
52.A7 fait 25-39
53.H1 fait 25-39
54.E1? Blanc perd 1 pion
54.F1 E1 G1 G8 F7 G7 H8 25-39
55.F1 fait 26-38
56.G1 fait 26-38
57.G8 fait 26-38
58.F7 fait 26-38
59.G7 fait 26-38
60.H8 fait 26-38

Tout ça n’est pas très sérieux, au fond, mais ça laisse un méchant goût de reviens-y.

1 « Éclair » en allemand. Plusieurs autres mots du jargon ludique (échiquéen en particulier) sont d’origine germanique : zeitnot, zugzwang etc.
2 Terme japonais désignant un coup remarquable.
3 Littéralement « pénurie de temps ». Situation qui se produit en fin de partie, lorsqu’un joueur ne dispose que d’une poignée de secondes pour jouer plusieurs coups décisifs. Le zeitnot est souvent facteur de stress et de fébrilité.
4 Comme au Go, Othello est un jeu où la forme revêt une grande importance, notamment en début de partie, lorsque le calcul pur ne suffit pas (c’est encore plus vrai en blitz). L’apprentissage du jeu passe souvent par la compréhension de ce qu’est une bonne structure de pions. Nous conseillons toujours au débutant de se préoccuper de la forme avant que de se préoccuper du nombre de pions.
5 Frontière : L’ensemble des pions extérieurs, c’est-à-dire voisins d’une case vide (cf. Glossaire du livret d’initiation « À la découverte d’Othello » écrit par Emmanuel Lazard, Champion de France).
6 Coup tranquille : Coup qui ne retourne aucun pion situé en frontière. Souvent excellent (cf. Glossaire).
7 Influence : On dit que les pions d’un joueur exercent de l’influence lorsqu’ils l’obligent à retourner dans plusieurs directions en même temps (cf. Glossaire).
8 Zugzwang : Se dit de la situation d’un joueur qui est dans la « défavorable obligation de jouer ». Une situation où tous les coups possibles dégradent inévitablement la position du joueur qui a le trait.
9 Parité : Stratégie qui consiste à laisser un nombre pair de cases vides dans les trous où l’adversaire a accès (cf. Glossaire).
10 Piège de Stoner : Attaque d’une configuration de bord faible qui provoque un échange de coins (cf. Glossaire).

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« Quand je pense que ce jeu c’est moi qui suis allé le chercher… au Japon en plus. »
Patrick Dujardin

On vient d’apprendre que Lansay a obtenu les droits de distribution du jeu d’Othello en France (Othello est une marque déposée, propriété d’Anjar.co).
Ça ne nous sort pas de la crise, mais c’est une bonne nouvelle pour la petite communauté des othellistes français car, depuis quelques années, les jeux d’Othello se raréfient dangereusement dans les linéaires des grandes surfaces et autres boutiques spécialisées. Au point que le mois dernier, alors que je pensais naïvement que les fêtes étaient un moment propice à acheter des jeux, il a fallu que je passe Bordeaux au peigne fin pour trouver une boutique approvisionnée : La Grande Récré, place des Grands-Hommes (actuellement la seule enseigne intra-muros qui propose Othello, à ma connaissance). Et je n’étais pas au bout de mes surprises puisque le jeu vendu n’était pas celui auquel je m’attendais (i.e. le classique de Mattel), il s’agissait d’un modèle tout plastique (sans feutrine, diantre !), de couleur bleue (What tha fuck ?! Moi qui croyais que le vert Pantone 356U était une des caractéristiques inaltérables de la marque…), fourni par Mattel Canada !
Sur le moment, je me suis dit que ça sentait le sapin, mais pas celui de Noël…

S’ils n’en vendent pas au moment des fêtes, je ne vois pas quand ils pourraient en vendre (ou la logique de distribution m’échappe complètement).
Quoi qu’il en soit je décide d’appeler Mattel France, disons, par acquit de conscience. Une dame m’explique que Othello est sorti de leur catalogue en 2004 et que les jeux encore vendus sont des fins de stock. J’ai quelques doutes à ce sujet (je tique notamment sur la date) mais vu qu’elle ne me donne pas vraiment l’impression de maîtriser tous les tenants et aboutissants du dossier je n’insiste pas (sans doute avais-je affaire − sans malveillance aucune − à une simple conseillère de vente).
Est-ce à dire que Mattel France a abandonné la marque parce qu’il se vendait de moins en moins d’unités ? Sur ce point j’ai eu pour seule réponse : « Mattel renouvelle régulièrement ses collections ». Traduisez : probablement (what else ?). D’un autre côté, on peut pas dire que Mattel ait fait de gros efforts pour promouvoir le jeu… pas plus que pour tisser des liens avec la FFO.
Une chose est sûre, à présent c’est Lansay qui a la licence pour le marché français.
Va-t-on y gagner au change ? Là est la question.

Mon avis est que nous y gagnons instantanément (comme aux jeux de grattage). S’il est acquis que Mattel a jeté l’éponge depuis belle lurette et que la distribution d’Othello en France était depuis lors promise à la plus grande aridité, façon désert chilo-péruvien, Lansay apparaît un peu comme le Messie. Ce simple effet d’annonce suffit à redonner un minimum d’espoir vis-à-vis de la marque quant aux développements possibles sur le marché français.
Cela dit, au vu des premières images de ce que devrait être le plateau de jeu made in Lansay, quelques inquiétudes pointent aussi sec (Et je ne parle pas du fait que Lansay a plutôt vocation à s’adresser aux très jeunes − on est plus dans le domaine du jouet que celui du jeu. Pas sûr qu’ils fassent grand cas des joueurs de compétition, mais en disant ça je leur fais un procès d’intention, nous verrons bien).
Quand Mattel a succédé à Dujardin, les designers ont opéré un vrai lifting du jeu (tout en préservant les basiques : pions noirs et blancs, feutrine verte) : plateau de jeu alvéolé pour un meilleur centrage des pions ; pions bi-concaves pour une meilleure préhension (en pratique ça se discute, car les alvéoles rendent plus difficile le retournement des pions) ; coins arrondis (choix purement esthétique, on aime ou pas)…
Avec Lansay ça sent à priori plus le recyclage que la refonte. Nous retrouvons peu ou prou les mêmes pions, le même plateau de jeu (les coins arrondis en moins), la couleur bleue pourrait passer pour un élément novateur mais Lansay a manifestement repris la couleur des derniers modèles Mattel vendus hors hexagone (version plastique que j’évoque plus haut). Bref, tout ça me fait dire que nous avons là un ersatz de Mattel qui aurait de surcroît usurpé son appellation « deluxe » puisque rien, dans ce qui nous est donné d’en voir, ne semble la justifier (où sont les matières nobles traditionnellement associées aux appellations « luxe » ou « deluxe » ? À ce compte imaginez la gueule du modèle standard…). Vous me direz, c’est purement marketing : il ne s’agit pas d’une appellation contrôlée (« Deluxe AOC » 😀 ), on pourrait aussi bien l’appeler « ultimate deluxe collector edition », ces appellations n’ont jamais été un gage de qualité, et c’est regrettable (ce serait intéressant de conditionner les appellations d’un jeu de société au respect de certaines normes ou matériaux de fabrication, en faire de véritables labels de qualité en somme).

Gageons que Lansay n’en restera pas là et se donnera les moyens de produire un modèle moins cheap et plus orienté jeu de compétition (i.e. résistant et fonctionnel, voire beau).
Rêvons une minute : un jeu approuvé / recommandé par la FFO qui aurait donné des conseils avisés aux designers Lansay pour une meilleure jouabilité. On en profiterait pour glisser une pub dans les boîtes de jeu, hop, mine de rien…
Du temps où Dujardin distribuait Othello (Dujardin a été racheté par TF1 Games en 2007 mais vend toujours le jeu sous le nom de son aïeul, Reversi, lequel est libre de droit), on trouvait une publicité de la FFO à l’intérieur des boîtes, c’est d’ailleurs grâce à ce leaflet que j’ai eu connaissance de la fédération et que j’en suis devenu membre (ça remonte au début des années 90, vous savez, quand nous n’avions pas encore Internet, l’antiquité quoi). Et lorsque Paul Ralle est devenu champion du monde (en 1984 à Melbourne, Australie), Dujardin collait sur les boîtes d’Othello des macarons dorés mentionnant le sacre du jeune Français.
Je crois savoir qu’à l’époque Dujardin filait chaque année une subvention à la fédé, pas des mille et des cents, faut pas déconner, mais on sentait bien l’idée d’une stratégie gagnant-gagnant.

En parlant de Dujardin, j’ai trouvé sur le site de l’INA cette pépite (1978) :


Notez que les jeux Dujardin (modèle Reversi donc), même combat, ça devient hyper tendu d’en trouver. Mais on ne s’en plaindra pas (mauvaise came, les pions cassent facilement, la feutrine se décolle…).

Le jeu idéal, à tout prendre, il existe déjà. L’emmerdement c’est qu’il vaut excessivement cher (31500¥ soit environ 315€) et qu’il est épuisé.
Ce modèle d’exception a été tiré à 200 exemplaires seulement pour commémorer le trentième anniversaire du championnat du monde d’Othello, en 2006 au Japon (à Mito plus précisément, ville natale de l’inventeur du jeu, Goro Hasegawa).
C’est Tsukuda qui avait produit cette petite merveille (toile sur bois, et pions vraisemblablement en bakélite) que je n’ai pas eu les moyens de m’offrir. J’en cauchemarde encore.

Naturellement, le marché japonais est beaucoup plus porteur pour Othello et le nombre de modèles disponibles est comparativement indécent. En voici quelques-uns, photographiés dans un des énormes centres commerciaux du quartier électrique (Akihabara, Tokyo), en octobre dernier.

Un facing entier pour les jeux d’Othello, impossible de passer à côté.
Il y en a de toutes les sortes et pour tous les goûts, quel pied d’avoir l’embarras du choix !
Voici le modèle classique de MegaHouse, y’a pas photo comme qui dirait. Notez le médaillon dans lequel apparaît Goro Hasegawa. Il s’agit du packaging 2011 : la photo du créateur est désormais sur toutes les boîtes pour commémorer le quarantième anniversaire du jeu.
La particularité de ce modèle est que les pions sont intégrés au plateau. Avantage : les pions sont toujours centrés, inamovibles, et donc ne tombent pas, ni ne s’égarent. Inconvénient (de mon point de vue) : on perd le plaisir du retournement sans véritable compensation, la manipulation peut même rebuter. Existe aussi en version poche.
On trouve également plusieurs modèles Reversi, voici le plus imposant (distribué par Hanayama), le plateau est au moins aussi grand que celui du modèle Tsukuda utilisé en tournoi. En revanche la qualité semble un cran au-dessous.
Deux modèles magnétiques qui ont rejoint ma collection perso : un 8×8 d’excellente facture (j’en avais acheté un en 2006, seul le packaging a changé) et un étonnant 6×6 qu’on réservera à l’usage des plus jeunes et des débutants (Le 6×6 a été résolu par Joel Feinstein), ou pour s’essayer à des parties moins ordinaires / formatées.
Une variante d’Othello développée par Goro Hasegawa avec des sections du plateau qui se déplacent et créent de nouvelles interactions (comme si c’était pas déjà assez compliqué), un peu à la manière de Pentago. Concept innovant ou tentation mercantile ? J’ai pas testé la bête, je ne peux donc pas vous donner mon avis, mais pour être franc ça ne me tente pas des masses.
Modèle bling-bling Fifty Cent. Du lourd. La notice conseille de prendre un antinauséeux avant de commencer une partie 😀
Une curiosité en format poche. Je l’ai pris en photo car le design m’a interpelé. Ce modèle fait la promotion de la Tokyo Sky Tree (tour de radiodiffusion de 634m dont la construction devrait s’achever au printemps 2012), mais s’agit-il d’un simple produit dérivé sans aucune autre spécificité ? Je ne saurais le dire. Si c’est une série limitée, il ne me surprendrait pas qu’on le retrouve sur Ebay dans quelques années, présenté comme un collector et vendu dix fois son prix d’origine.

Euh, merci à la boulette qui a servi de chevalet lors de ce shooting un peu hardcore (treize heures d’avion pour ces conneries de geek, il faut qu’elle me kiffe la boulette, et pas qu’un peu…).

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Le 35e championnat du monde d’Othello s’est ouvert hier soir à New York. Les parties les plus crunchy sont retransmises en léger différé sur le site Live Othello Games (merci Manu pour cet excellent service !) ; une webcam permet de se faire une idée du décor et de l’ambiance forcément barbante studieuse qui règne dans la salle du Hilton où se dispute le tournoi. Si seulement des filles en mode bikini, gloss et Chupa Chups (dans la famille Hilton je demande la pute), annonçaient les rounds comme lors des matchs de boxe, et que Johnatan Becker troquait ses discours de ministrable contre des prêches enflammés et des effets d’annonce à la Don King… je dis pas (ça pourrait être drôle), mais une webcam pour un tournoi d’Othello, fondamentalement, c’est aussi sexy qu’une caméra de sécurité à La Poste. Big Brother is watching you ! Sauf qu’il n’y a rien à voir… 😀
Remarquez, je suis un peu mauvaise langue car il m’arrive de mater de temps en temps pour savoir si une ronde est sur le point de démarrer (pas évident avec le décalage horaire), et puis il arrive aussi que des types craquent devant la caméra, un peu à la façon de Trevor, ce gamin de douze ans qui a fait le buzz (l’expression est tendance) en se trémoussant devant des webcams dans des boutiques Apple aux États-Unis.

Tout ça pour dire que c’est parti pour trois jours de retournements intensifs de pions, avec quelques-uns des meilleurs joueurs de la planète, et que ça me rend jouasse. Je dis « quelques-uns » car cette année il manque à l’appel deux trois pointures, et pas des moindres, à commencer par le double champion du monde sortant, le Japonais Yusuke Takanashi, qui n’est pas parvenu à se qualifier. Faut dire que le Japon recèle quelques dizaines de diamants bruts qui ne demandent qu’à être taillés pour le titre mondial, et qu’au vu des forces d’opposition locales (je peux en témoigner, je me suis fait doser par de jeunes pousses lors de la Rinkai Challenge Cup de Shinagawa, il y a trois semaines à Tokyo) il est particulièrement tendu de se qualifier dans l’équipe nationale, laquelle se compose traditionnellement de trois hommes et d’une femme (car il existe depuis 2005 un titre féminin. Cherchez l’erreur).
Ce qui n’a pas empêché Yusuke de montrer sa ganache à la télé et de faire un peu de prosélytisme (avec l’aide de Tetsuya Nakajima, Grand Maître charismatique de la scène othellistique japonaise). Ça se passait le 26 septembre dernier, enfin je crois, dans un show TV monté à la sauce manga : grosses exclamations, boîte à rires, titrages fluos, la totale quoi. Effet Lost in Translation garanti. J’adore.

J’entrave à peu près que dalle à ce qui se dit, je constate simplement que Yusuke explose un type en lui filant par avance quatre coins et deux bords entiers ! C’est un peu comme si on vous demandait de surfer Teahupoo nose ride avec une porte en contreplaqué à peine dégrossie. Bref, ça colle du lourd.

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Mon quarté pour le titre 2011 : Imre Leader (le sacre, enfin), Kazuki Okamoto (un Jap sinon rien), Matthias Berg (parce qu’il le vaut bien) et Arnaud Delaunay (bah ouais, quand même).
Rendez-vous dans deux jours.

[EDIT du 06/11/11]
Mon pronostic était à chier : Imre a fini dans les choux (19e/54), dans le sillage d’Arnaud (17e) qui a fait une belle remontée après un début de tournoi malchanceux. Matthias quant à lui a bien terminé dans le dernier carré, il y a également un Jap mais je me suis trompé de casaque (Okamoto finit 5e, atroce, je ne touche même pas le 2 sur 4 !).

À l’issue du système suisse les Japonais finissent dans un mouchoir de poche, aux 4, 5 et 6e places, et s’emparent du titre mondial par équipes avec quatre longueurs d’avance sur la Thaïlande.
Sur un plan comptable, ces sept dernières années, les Japs sont invaincus par équipes et n’ont concédé qu’un titre individuel (en 2008 l’Italien Borassi l’emportait 2-1 en finale contre Miyaoka). Le début des années 2000 semblait pourtant avoir marqué un tournant : nous pensions que les Américains Brian Rose, Ben Seeley et le globe-trotter David Shaman avaient mis fin à une domination nippone vieille de plus de 20 ans, et inversé durablement les rapports de force. Que nenni, nos amis du soleil levant ont remis les pendules à l’heure, notamment depuis le retour aux affaires du Hall of Fame Hideshi Tamenori qui a décroché deux nouveaux titres, en 2005 et 2006 (pour un total de 7 titres en 8 participations !).

La bonne surprise de ce mondial est incontestablement venue d’Arthur Juigner qui score 7,5 points et se hisse à la 15e place du haut de ses… neuf ans et demi ! Bluffant. Premier Français au classement, on se prend déjà à rêver d’un futur titre et d’un record de précocité. Le dernier titre français remonte à 1992 (Marc Tastet, champion du monde à Barcelone). Quant au record de précocité, à ma connaissance il est détenu par un autre Français, Paul Ralle, qui a remporté le titre en 84 à Melbourne, il avait 16 ans.

[EDIT du 07/11/11]
À propos du plus jeune champion du monde, Marc Tastet me souflle que, selon lui : « c’est Tanida (14 ans en 1982). Il a joué aussi cette année, mais n’avait pas joué entre-temps (un record : 29 ans). »
Merci Marc pour ces précisions.

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Othello comme vecteur de plaisir, pourquoi pas ; Othello comme préliminaire, il fallait oser.
Les Japs ne reculent devant rien, la preuve avec cette vidéo de Sora Aoi, une AV Idol – comprenez une actrice de cul – qui se prend au jeu avant de se faire pren… (désolé).
C’est sale, comme dirait Riton.

À noter le design métallique de l’othellier, ça change de la feutrine verte. Et contre toute attente, pour le peu qu’on en voit, les coups joués ne sont pas ridicules… mais quelque chose me dit que vous avez envie de voir la suite, bande de coquinous, eh bien ça se passe par ici.

J’en profite pour rappeler que l’Othello club de Bordeaux est ouvert au plus grand nombre.
Je dis ça, je dis rien.

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Une fois tous les trois ou quatre ans – c’est un truc que je ne m’explique pas – j’essaie de ressusciter la possibilité, non pas d’une île, mais d’un club d’Othello à Bordeaux.
Cette étrange lubie s’empare de moi pour ne plus me quitter. Ça tourne presque à l’obsession. Je suppose que c’est viral.
En 2007, j’ai poussé le vice jusqu’à créer une association en bonne et due forme, avec les deux autres membres du club, Manu et Toto. Faut dire que cette année-là nous avons atteint la participation record de quatre joueurs lors d’une même réunion. C’est clairement l’époque la plus faste qu’ait connu le club. Sans déconner.
Pour ajouter à notre baraka, j’avais mis en ligne un site Internet super chiadé (disons… rapport à la modestie des prestations offertes) afin d’appâter quelques âmes égarées : le joueur d’Échecs déchu qui cherche un moyen de se sevrer ; le gamin privé de Nintendo DS qui arpente les rues les yeux humides et emplis de rancœur ; le retraité qui a survécu à Janine et qui en a marre de jouer au Boggle en solo ; et même, soyons fous, le type ordinaire, à peu près sain d’esprit, qui ne serait pas contre l’idée d’essayer un jeu un peu plus funky que les Échecs ou les Dames…
Peine perdue.
Je me souviens avoir écrit dans une revue spécialisée, à propos d’Othello : « Ce n’est probablement pas le jeu le plus riche ni le plus profond (le Go se défend bien de ce point de vue là), mais il a incontestablement pour lui un charme, une sorte d’évidence qui le rend immédiatement sympathique. »
Les chiffres semblent vouloir me faire mentir. Les bâtards.
Mais c’est plus fort que moi, j’ai ressorti des cartons à reliques mes vieux argumentaires de vente, bricolé une bannière et gratté quelques textes, j’ai même retrouvé une vieille pub TV Mattel de derrière les fagots… Et pour m’éviter un boulot déraisonnablement ambitieux (mon côté mégalo me joue parfois des tours), j’ai passé le tout au shaker pour que ça tienne sur une seule page, modestement, ici même.

La nouvellex page du club de Bordeaux est donc accessible par le menu (rubrique « Pages »), ou bien via l’adresse suivante : http://www.othello-portdelalune.org/

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